Et tu n’es pas revenu, Marceline LORIDAN-IVENS

Et tu n’es pas revenu, Marceline LORIDAN-IVENS, Judith PERRIGNON février 2015, Grasset, 107 pages, littérature française contemporaine, témoignage autobiographique.

Notes liminaires: A l’occasion de la sortie en poche de ce livre, le 24 août 2016, je me suis dis que c’était l’occasion de mettre à jour cet article en sommeil depuis bien trop longtemps. Il est délicat de commenter un témoignage d’une telle puissance. Plus d’un an après sa lecture, ce livre me hante et je vois encore les yeux pétillants de ce bout de femme interviewée par François Busnel… La vie est précieuse, ne l’oublions pas.

et tu n'es pas revenu

 Quatrième de couverture: « J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Mon avis: Et tu n’es pas revenu est une lettre d’amour, de manque, d’absence, qu’adresse Marceline déportée en même temps que son père, à ce dernier, qui est mort dans les camps de concentration.

Elle aura attendu plus de soixante-dix ans avant de coucher sur le papier ses nœuds qui l’ont empêchée de vivre pleinement et qui l’enserrent encore.

Il y a eu la vie avant, pendant et après. « Avant » c’était une famille unie, aimante. « Pendant » a été l’arrestation de Marceline et de son père jusqu’à l’arrivée à Auschwitz – Birkenau, un « Pitchipoï » de l’enfer. Shloïme qui se traduit par Salomon a été envoyé à Auschwitz tandis que Marceline est partie à Birkenau. Ils étaient à côté, et si loin; elle n’a jamais eu conscience de cette proximité au moment de leur enfermement. « Après » a été la reconstruction de cette jeune femme. Le retour à la société en plein déni. La famille qui n’est plus. Et la peur de grossir. Et le traumatisme dans la profondeur de son âme. Marceline choisira de ne pas être mère.

Les pages se tournent délicatement. Les larmes ont roulé sur mes joues tandis que je lisais ce livre dans le métro. Je me rappelle le regard des gens interloqués. Moi j’étais loin à ce moment là… Pourtant, ce livre n’est pas larmoyant, loin de là. Il y a beaucoup d’émotion qui s’en dégage, ce que nous savons de cette période par ailleurs fait le reste.

Merci chère Marceline de nous conter votre vie, de laisser une trace de ce que vous avez traversé, la mémoire des hommes est si courte… 

Impossible de passer à côté, il faut le lire, par respect et/ou devoir. Un livre qui m’a retourné le ventre. 

Avril enchanté, Elizabeth VON ARMIN

Avril enchanté, Elizabeth Von Armin, décembre 2012, 10/18, 367 pages, littérature anglaise.

En trois mots: Italie, château, soleil.

avril enchantéQuatrième de couverture: Comment résister à une telle offre : « Particulier loue petit château médiéval meublé bord de la Méditerranée ». Un jour de pluie et d’autobus bondés, il n’en faut pas plus aux jeunes Londoniennes, Mrs Wilkins et Mrs. Arbuthnot , pour se lancer seules dans l’aventure et partir, sans presque prévenir leurs époux, un mois en Italie. Au menu : soleil, repos et réflexions.

Avril enchanté est un roman majeur, surprenant par sa liberté de ton, sa légèreté et sa finesse d’esprit.

Mon avis: J’ai lu ce roman au mois d’avril – parce que lire « Avril enchanté » en avril, c’est chic – et je l’ai dégusté comme on se délecte d’un bon thé brûlant accompagné d’un scone, avant de vous proposer mon avis, en mode vieille dame indignée pour notre mois anglais.

Deux londoniennes qui ne se connaissent pas, mais qui fréquentent le même club d’Hampstead décident sur un coup de tête, à la lecture d’une petite annonce dans le journal, de louer « San Salvatore » un magnifique château médiéval perdu au cœur de l’Italie pour le mois d’avril. Il faut bien comprendre qu’une telle décision est vécue comme l’aventure de leur vie: l’envie dépassant la raison, ce caprice, voire cette excentricité, ne peut être dévoilé à leurs maris respectifs. C’est dans un secret quasi absolu, pétri de culpabilité, que les jeunes femmes vident leur bas de laine pour leur voyage. La pieuse Mrs Arbuthnot et la timide Mrs Wilkins, afin d’économiser les dépenses d’intendance au château, amènent avec elles suite à un casting improvisé, la riche veuve Mrs Fisher, vieille dame attachée aux conventions, ainsi que la magnifique lady Caroline. Même si le mot d’ordre est « repos » chacune souhaite profiter seule mais à sa manière de la beauté du paysage et du confort du château afin de faire une pause, le temps d’un petit mois, loin de Londres et de ses mondanités.

Pourtant vouloir tout quitter et faire le vide n’empêche en rien le poids du passé de revenir hanter nos drôles de dames qui vont devoir apprendre à cohabiter les unes avec les autres. Sans compter sur un défilé de visiteurs au château, la chaleur de « San Salvatore » va révéler le meilleur de chacune d’elle.

En lisant « Avril enchanté » on retrouve le charme de l’écriture anglaise, qui égratigne toujours la société d’une merveilleuse manière. Les sens sont mis en éveil, les rayons du soleil nous chauffent la peau, les arbres et les fleurs sentent divinement bon, la mer en contrebas du château nous berce. Perchées dans leur huis-clos, les dames font tomber les masques, les natures profondes sont décortiquées avant de déborder auprès de tous.

Un condensé de chaleur et de bonne humeur, vous dis-je! A déguster!

mois anglais 2016

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La femme sans tête, Viviane Moore

La femme sans tête, Viviane Moore, février 2014, 10/18, 312 pages, littérature française. Polar historique. Collection « Grands détectives ». Tome 1 de la série Alchémia.

En trois mots: Saint-Barthélemy, sciences, orgies.

la femme sans teteRésumé de l’éditeur: Paris, 1581. La misère envahit les rues. Orgies et fêtes enfièvrent les salons. Jean de Moncel, jeune commissaire au Châtelet, est sur les traces d’un tueur de prostituées. Le corps décapité de l’une d’elles le mène jusqu’à Théophraste Le Noir, médecin qui, replié dans son laboratoire avec sa fille Sybille, cherche sans relâche le secret alchimique de l’Elixir de Vie. Sorcellerie ? Rites occultes ? Machination ?… L’alchimiste est-il le monstre que poursuit Jean, ou bien l’humaniste en avance sur son temps que défend passionnément sa fille ?

Mon avis:  J’ai été happée par ce roman que j’ai dévoré en moins de 24 heures (ce qui pour moi est un record!). Les pages se tournent toutes seules, l’intrigue s’étoffe au fil des phrases et l’envie de savoir ce qui va se passer prend le dessus sur tout le reste. Je crois que la description du massacre de la Saint-Barthélemy et ses conséquences sur Théophraste, le médecin des nécessiteux, et sa fille Sybille ont su dès le départ me captiver.

Père et fille sont indubitablement empathiques. Sybille est l’héroïne qu’on admire pour son courage, sa soif d’indépendance et son intelligence, mais aussi pour ses décisions irraisonnées qui font d’elle une jeune fille qui reste accessible. Sa rencontre avec le compétent commissaire du Châtelet, Jean, nous laisse entrevoir le jeu de séduction qui va s’installer entre eux deux, malgré les suspicions de l’enquête qui ramène le jeune limier à la maison de Théophraste.

Parce que oui, le thème du livre est une série de meurtres qui frappe des prostituées de ce Paris du XVIe siècle, où le clivage entre misérables et nobles portera le pays, deux siècles plus tard, à se révolter en faisant tomber les têtes. L’origine des divers assassinats trouve sa source dans le mystère d’orgies se déroulant dans les boudoirs de soirées nocturnes de la haute société parisienne. L’atrocité des faits sans description précise m’a intriguée. J’ai apprécié que l’auteur n’aille pas dans le côté voyeurisme des tortures, notre imagination travaille très bien de son côté, ce qui maintient l’enquête dans le flou et contribue au besoin de se rapprocher du dénouement. Et puis, la science et l’alchimie, la justice des hommes et celle de la loi, et les sentiments humains d’amour et de jalousie haineuse s’opposent dans cette enquête si singulière…

Bref, une enquête dans un Paris d’antan avec des rites ésotériques qui se heurtent à la précision de la science et qui nous emmène jusque dans les cellules de la prison du Châtelet, n’a pu que me plaire. À lire !

 

 

Le léopard des Batignolles, Claude IZNER

Le léopard des Batignolles, Claude IZNER, septembre 2005, 10/18, 348 pages, littérature française. Collection « Grands détectives ». Tome 5 des enquêtes de Victor Legris.

Episodes précédents:

  • Mystères rue des Saints-Pères – tome 1- ici
  • La disparue du Père-Lachaise – tome 2 –
  • Le carrefour des écrasés – tome 3- ici
  • Le secret des Enfants-Rouges – tome 4 – de ce côté

En trois mots: devinettes, corruption, Commune de Paris.

léopard des batignolles Mon résumé: C’est un Paris traumatisé par la Commune que nous retrouvons dans ce nouvel opus. Des meurtres ont lieu aux quatre coins de la capitale française sans qu’aucun lien logique ne puisse être établi. Et pourtant à chaque fois des messages sibyllins, évoquant la présence d’un léopard sur les lieux des crimes, vont être retrouvés. L’affaire n’aurait guère attirée nos protagonistes si leur ami et partenaire, Pierre Andrésy, n’avait péri dans l’incendie de son imprimerie. Les voilà donc lancés à la recherche du léopard des Batignolles.

Mon avis: Ce tome 5 est à mon goût le meilleur que j’ai lu du point de vue de l’enquête. Si mon côté Sherlock Woman avait dénoué une partie de l’énigme, il était clairement passé à côté du dénouement final d’une logique implacable lorsqu’on referme le livre. Comme toujours, dans les aventures de Victor Legris, on déambule dans les rues parisiennes tant dans les quartiers ouvriers, notamment au marché aux fleurs, que dans les quartiers bourgeois en passant par un théâtre et ses comédiens; les meurtres s’enchaînent et le rythme de la librairie s’en voit payer les conséquences en raison des absences de Victor et Jojo. La vie privée de Kenji est dévoilée un peu plus tandis que la mère de Tasha, la compagne de Victor, débarque à la capitale…

Bref, dans ce tome il y a des entourloupes, des énigmes, de l’humour, de l’amour, et de la vie en cette fin du XIXème siècle qui assure au lecteur de passer un très bon moment.

Lecture commune avec Bianca.

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Le secret des Enfants-Rouges, Claude IZNER

Le secret des Enfants-Rouges, Claude IZNER, septembre 2004, 10/18, 315 pages, littérature française. Collection « Grands détectives ». Tome 4 des enquêtes de Victor Legris.

Episodes précédents:

  • Mystères rue des Saints-Pères – tome 1- ici
  • La disparue du Père-Lachaise – tome 2 –
  • Le carrefour des écrasés – tome 3- ici

En trois mots: Absolution, cache-cache, Ravachol.

le-secret-des-enfants-rouges- Mon résumé: L’objet de toutes les attentions, et des meurtres cela va s’en dire, va porter sur une coupe qui est décrite par une « calotte crânienne d’un singe, fixée sur un petit trépied de métal enjolivé de trois brillants et d’un minuscule faciès de chat aux prunelles figurées par deux agathes jaspées ». Cette fameuse coupe fût offerte par l’épouse de feu John Cavendish, un britannique, à Kenji Mori, le père adoptif et associé de Victor Legris. Dérobée lors d’un cambriolage, au domicile de Kenji, sis en haut de la librairie au 18, rue des Saints-Père, cette sorte de calice va embarquer nos protagonistes dans une drôle d’aventure où ils n’ont jamais été aussi prêts de frôler la grande faucheuse.

De Londres à Paris, des quartiers populaires aux quartiers huppés, des revendeurs à la sauvette aux chercheurs scientifiques, l’enquête de nos Sherlock français va s’avérer être une partie de cache-cache bien dangereuse. Pour donner de l’oxygène à l’enquête, ou la corser, la vie privée des uns et des autres sera source de jalousie pour Victor Legris envers sa compagne, Tasha, source d’épanouissement pour les jeunes tourtereaux Joseph et Iris, ou bien encore source de lutte intérieure pour Kenji et Eudoxie.

Mon avis: Je sors de ma léthargie littéraire et reviens doucement grâce à Claude Izner et son libraire Victor Legris. Pour renouer avec la lecture j’ai eu envie d’un livre à la fois facile à lire et dans un environnement où je me sens à l’aise et que j’affectionne. C’est pourquoi Le secret des Enfants-Rouges ne pouvait que me séduire. On retrouve avec plaisir nos protagonistes qui avancent un peu plus dans la vie et leurs projets tout en étant confrontés à un climat anxiogène – Paris victime d’attentat avec Ravachol donne un goût amer ceci dit – et à une enquête policière de cache-cache avec le meurtrier, appelé aussi l’Émissaire, où les corps tombent les uns après les autres. J’ai beaucoup apprécié la folie de Fortunat de Vigneules, un vieux riche délirant, et la jeune Yvette, très attachante.

Ce tome fond comme un délicieux caramel. J’enchaîne sur le n°5 donc!

Lecture commune avec Bianca.

 

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Paris: suite 1940, José Carlos Llop

Paris: suite 1940, José Carlos Llop, janvier 2010, Actes Sud – Editions Jacqueline Chambon, 185 pages, littérature espagnole.

En trois mots: Paris, Collaboration, Opportunisme.

 

paris---suite-1940-225057-250-400Quatrième de couverture: César Gonzáles Ruano, correspondant de presse espagnol, quitte Berlin en 1940. Pourquoi décide-t-il de s’installer à Paris où, prétend-il, il se sent libre malgré l’Occupation ? Où trouve-t-il l’argent pour vivre la luxueuse vie nocturne de Montparnasse et disposer de quatre appartements, sinon dans les biens achetés ou volés aux Juifs ? Pourquoi, protégé par le très nazi ambassadeur d’Espagne à Berlin, est-il arrêté par la Gestapo ? Et comment expliquer qu’on trouve alors sur lui non seulement un gros diamant et des dollars, mais aussi un passeport vierge signé par Porfirio Rubirosa, l’ambassadeur play-boy de la République dominicaine ?
Avec le talent qu’on lui connaît pour évoquer les époques troublées et les zones d’ombre propres aux hommes qui y ont trempé, José Carlos Llop reconstruit l’itinéraire d’un dandy qui se vit comme un personnage de roman et refuse de juger ses actes autrement qu’à l’aune d’une esthétique nihiliste.

Mon avis: La manière de raconter l’histoire de CGR, César Gonzáles Ruano, est sublimée par la plume de l’auteur. Le style si original et propre à ce dernier m’a déconcertée avant de me séduire littéralement. C’est de l’art qui se dessine sous nos yeux à travers un maniement des mots des plus pointus et d’une histoire somme toute simple mais revisitée. C’est l’histoire d’un homme, CGR, écrivain et journaliste qui quitte Berlin pour Paris en 1940 avec un laisser-passer de quinze jours mais qui ne reviendra pas en arrière. Il décide de ne plus travailler, mais dispose de ressources qui semblent inépuisables. Il navigue sereinement alors que la guerre prive et détruit la société française. Lorsqu’il est arrêté par la Gestapo, cet opportuniste, en petit poisson ne se débat guère, se justifie sans jamais le faire mais charme ses geôliers. A moins qu’il soit soutenu par un éminent personnage.  Le mystère de cet homme demeure entier, hermétique. Qui est-il ? Que fait-il? Au fond, est-ce que cela à une quelconque importance?

Un livre surprenant sur un moment trouble de l’Histoire, à lire si vous aimez la beauté des mots!

Livre emprunté à la médiathèque: c’est la couverture qui m’a attirée…

La disparue du Père-Lachaise, Claude IZNER

La disparue du Père-Lachaise, Claude IZNER, mars 2003, 10/18, 302 pages, littérature française. Collection « Grands détectives ». Tome 2 des enquêtes de Victor Legris.

Episode précédent:

  • Mystères rue des Saints-Pères – tome 1- ici

En trois mots: Cimetière, Magie, Argent.

Les-Enquetes-de-Victor-Legris-tome-2--La-Disparue_3946 Mon résumé: Dix mois après la première enquête de Victor Legris, appelée « l’affaire de l’expo universelle », nous retrouvons nos protagonistes au sein de leurs activités habituelles. Victor Legris, Kenji Mori et Joseph Pignot s’affairent à la librairie tandis que Tasha Kherson a quitté son poste de caricaturiste au Passe Partout pour se consacrer entièrement à la peinture.

Pourtant la fibre enquêtrice de Victor va de nouveau être titillée par la disparition de son ancienne maîtresse Odette de Valois (rencontrée dans le tome 1). C’est la jeune domestique de Madame, Denise, qui paniquée par la disparition de cette dernière alors qu’elle se recueillait sur la tombe de son défunt mari, au Père-Lachaise, va alerter le libraire. Peu inquiet au départ, Victor va reprendre du service pour résoudre les quatre meurtres successifs de cette aventure.

Mon avis: Mes impressions de lecture du premier tome se confirment: l’intrigue policière, bien que conservant jusqu’au dénouement son lot de mystère, n’est pas bien épaisse par rapport à un Agatha Christie et demeure sympathique.

Mais ce qui est absolument original et délectable, ce sont les descriptions de Paris dans les années 1890. Tout y passe: les couches de la population, les courants littéraires et artistiques, les rues, les parcs, le contexte économique (ici: la construction du canal de Panama) et les événements très prisés de l’époque, comme l’engouement pour le spiritisme dont il sera question dans ce roman. Car le cœur de cette aventure va porter sur la manipulation, la vengeance, la dernière volonté d’un mort…Dès le début, nous sommes happés par l’atmosphère particulière du cimetière du Père-Lachaise, qui nous enveloppe de ses âmes, fantômes et revenants; je me suis régalée de cette ambiance mystérieuse.

Les nouveaux personnages sont également largement analysés afin de servir la construction de l’intrigue. Celui qui m’a le plus plu est le fameux Père Moscou, un ancien fossoyeur, au fond gentil mais usé par une vie de dur labeur quelque peu alcoolisée. Les auteurs* ont néanmoins approfondi par petites touches très agréables les personnages principaux, notamment le commis de la librairie Jojo pour les intimes, qui s’avère être une personne bienveillante, observatrice, serviable et bon enquêteur comme je l’avais cerné.

En revanche, de petits clins d’œil sont réalisés tout au long du roman concernant le premier volume; cela est très appréciable pour le lecteur averti et ne gêne en rien celui qui découvre la série via ce tome.

Bref, une lecture fluide, délicieuse et dépaysante.

Lecture commune avec Bianca, Claire, Fanny, Le livre d’après, Une tasse de culture.

Livre acheté dans le cadre de cette LC qui n’aura pas eu le temps de prendre la poussière dans ma PAL.

* cette série est écrite par deux sœurs qui se regroupent sous le pseudonyme de Claude IZNER.

L’architecte du sultan

L’architecte du sultan, Elif SHAFAK, avril 2015, Flammarion, 462 pages, traduit de l’anglais (Turquie)

En trois mots:  orient, XVIe siècle, éléphant

archiecte du sultanL’architecte du sultan remonte le temps et invite à voyager dans l’Empire ottoman du XVIe siècle. Avec pour guide le jeune Jahan, on pénètre dans le palais impérial de Soliman Le Magnifique pour vivre au rythme de son règne et de celui de ses successeurs.

Jahan, jeune indien orphelin de 12 ans, débarque à Istanbul avec un cadeau d’une extrême rareté pour le sultan. Il est chargé de lui offrir Chota, un magnifique éléphant blanc. Qualifié de cornac ce qui signifie dompteur d’éléphant, il est affecté à la ménagerie du palais. Voleur malgré lui mais rêveur, Jahan va apprendre très vite les codes du palais. Il en va de sa survie. Il va découvrir que certains hommes peuvent être mauvais, ce qui est le cas du capitaine Gareth, ou manipulateurs, que le palais grouille de non dits, que la règle du silence et d’or et que l’homme est un loup pour l’homme. Il va rencontrer des individus surprenants –les gitans dont le chef est Balaban-, sages comme Maître Sinan ou Siméon le libraire, et découvrir l’amour et la jalousie avec Mihrimah. Il va vivre des choses incroyables, apprendre les sciences, construire des mosquées et l’observatoire, voyager, monter dans les hautes sphères et descendre dans les bas-fonds tandis que l’islam vit ses heures de gloire, tant dans la vie militaire que civile et à soif d’élargir ses connaissances. Il va connaître la désillusion et la traîtrise avant de goûter à la paix et à la réussite.

Il est difficile d’en dire davantage tant l’histoire est fouillée sous peine d’en révéler les intrigues. Chaque détail a son importance, les événements s’imbriquent les uns dans les autres, les uns avec les autres et prennent tout leur sens à la fin du livre. C’est un roman inspiré de personnages réels bercé de quelques mots arabes, principalement, que l’on peine à quitter tant il est abouti. A travers les yeux de Jahan le lecteur occidental voyage dans un univers oriental qui est source de dépaysement et grandit en même temps que lui. Laissez-vous embarquer dans le howdah de Chota et partez à la découverte de l’Empire Ottoman, entre richesse du cœur et richesse architecturale, L’architecte du sultan vous charmera indubitablement.

Je remercie Babelio et leur Masse Critique Spéciale ainsi que Flammarion qui m’ont offert l’opportunité de découvrir l’histoire extraordinaire d’un être ordinaire.

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L’ami retouvé

L’ami retrouvé, de Fred Ulhman, Folio, novembre 2013, 122 pages, littérature anglaise.

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En trois mots: amitié- valeurs- trahison

Mon résumé: Alors qu’Hitler est pleine ascension, la vie allemande suit son cours au lycée très renommé de Stuttgart, le Karl Alexander Gymnasium. Hans Schwarz, fils de médecin juif, plutôt discret, y rencontre le jeune mondain Conrad Graf von Hohenfels, dont les parents côtoient intimement le Führer. Les deux jeunes hommes vont progressivement s’apprivoiser et créer une amitié fusionnelle très forte. Mais leur condition sociale et le contexte politico-social auront raison de leur amitié. Les parents de Hans l’enverront en Amérique tandis que Conrad restera dans le cercle hitlérien. Pourtant, leur destin, scellé comme un pacte d’adolescent, est à jamais lié.

Mon avis: Il existe des petits livres pas bien épais et qui pourtant sont d’une profondeur et d’une force qui vous coupe le souffle; L’ami retrouvé appartient à cette catégorie. Il est intéressant de se plonger dans le milieu allemand de ce début des années 1930 et d’observer la vie quotidienne à ce moment là. Chacun vaque à ses occupations en ne remettant guère en cause la paix qui existe encore à ce moment là. Hans à des questions qui sont le propre d’un adolescent en quête d’identité et d’amitié. Très observateur, très réfléchi aussi malgré son manque d’expérience, il est intelligent. Ceci explique sans aucun doute les liens d’amitié qu’il créé avec Conrad et dont les échanges ne sont que constructifs.

« Je rejetai toute croyance en un être supérieur et bienveillant. Je parlai de tout cela à mon ami en propos passionnés et désespérés. Quant à lui élevé dans la stricte foi protestante, il refusa d’accepter ce qui me paraissait alors la seule conclusion logique possible: il n’existait pas de père divin » page 50

 » Désormais, la question essentielle n’était plus de savoir ce qu’était la vie, mais de décider de ce qu’il fallait faire de cette vie sans valeur »  page 53

« Tout ce que je savais, c’est que c’était là ma patrie,mon foyer, sans commencement ni fin, et qu’être juif n’avait fondamentalement pas plus d’importance qu’être né avec des cheveux bruns et non des cheveux roux » page 64

Mais cette belle amitié qui est de la pureté, de la sincérité et de la fidélité que seule la passion de l’adolescence décuple, va être brisée dans une violence inouï pour Hans lorsque son ami, en sortie avec ses parents, l’ignore à l’Opéra:

« J’attendais l’apparition des Hohenfels. Mais quand je les vis enfin j’eus envie de m’enfuir. Ne vaudrait-il pas mieux écarter la pointe de la dague qui, je le savais par l’atavique intuition d’un enfant juif, me serait, dans quelques minutes, plongée dans le coeur?  »      page 89

Cette tragique ignorance est vécue comme une trahison qui met un terme à leur complicité. En parallèle, les idées nazies se répandent progressivement parmi les allemands et notamment au prestigieux lycée de Stuttgart. Bien qu’une résistance intellectuelle mette en exergue les non sens de l’idéologie d’Hitler, les plus benêts l’adopte sans hésitation. Ainsi, les parents de Hans décident de l’envoyer aux Etats-Unis…

…Trente ans plus tard, aux Etats-Unis, c’est un Hans devenu adulte qui se remémore son arrivée sur le sol américain et qui découvre ce qu’est devenu son ami perdu (ou retrouvé?)

En bref, il s’agit d’un bijou de la littérature dont la force est phénoménale; il n’est pas question des camps et des rafles; il est question des valeurs fondamentales et universelles, celles qui font de vous un être humain, amitié, loyauté, principes au cœur de la tourmente… La fin est inattendue et donne le point final à l’inimitié de Hans et Conrad. A lire absolument!

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                                                                 (4/20)

La Rochelle à l’époque moderne: heur et malheur d’une cité maritime (1560-1780)

La Rochelle à l’époque moderne: heur et malheur d’une cité maritime, de Guy Rousseau, Alain Thomas Editions, avril 2011, 112 pages, document historique.

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  • Note liminaire: Originaire de La Rochelle, en Charente Maritime (17), j’ai pris conscience que j’avais des carences sur l’Histoire de la ville qui m’a vue grandir. J’en connaissais les grandes lignes, mais depuis quelques temps l’envie d’aller plus loin me titillait; cet été, j’ai donc fait un saut chez Calligrammes, une librairie connue de tous Rochelais, et ai trouvé deux livres pour commencer mon voyage vers le passé. Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de La Rochelle, vous connaissez forcément l’île de Ré, Fort Boyard…
  • Quatrième de couverture: Parcourant deux siècles d’histoire de la grande cité maritime, l’auteur revisite les événements les plus mémorables qui ont marqué la vie des Rochelais de 1560 à 1780. Protestante dans une France en majorité catholique, tournée vers la mer dans une France terrienne, marchande dans une France paysanne, La Rochelle se comporte au XVIe siècle en commune indépendante.En 1627 elle défie l’autorité royale mais sort exsangue et vaincue du dramatique siège où l’on enfermée Louis XIII et Richelieu. L’âge d’or de l’orgueilleuse cité rebelle prend fin.  La révocation de l’édit de Nantes l’atteint durement. Devancé désormais par Bordeaux et Nantes, le port perd la place prééminente qu’il détenait auparavant sur le littoral atlantique. La Rochelle vit dès lors au rythme des événements parisiens, s’intéresse à l’expérience du financier écossais Law, participe à l’effervescence des Lumières mais n’est plus qu’une ville de province prospère et sans singularité. Ses habitants restent cependant fiers, à juste titre, de leur passé et en conservant fidèlement la mémoire.

=> la quatrième est un si bon résumé de ce documentaire que je n’ai pas jugé judicieux de la reprendre et vous faire mon résumé habituel, tout est dit.

 Mes impressions: J’ai adoré et dévoré ce documentaire; j’ai eu le même sentiment en le lisant que lorsque j’assiste à des conférences dont je bois avidement les paroles du conférencier. L’auteur balaie deux siècles mais construit son plan judicieusement autour des faits majeurs qui ont modifié les aspects de la ville. 

Dès le XVIe siècle, la ville est en avance par rapport au reste de la France et a connu ses années les plus fastes grâce aux échanges marchands prodigués par son port. La cité maritime est ouverte sur le monde; protégée naturellement par les îles qui l’entourent (Ré, Aix, Oléron) et son chenal, elle l’est également grâce à ses remparts et ses tours situées de part et d’autres de l’entrée du port (le vieux port d’aujourd’hui). Elle commerce donc avec l’Angleterre et les Pays-Bas. D’ailleurs, de nombreux anglais et hollandais viennent s’établir à LR. Son port, à cette époque, dépasse la notoriété de Nantes, Bordeaux et Marseille. C’est les échanges de biens, les expéditions vers le nouveau monde, la traite des noirs… Prolifique, la ville se distingue aussi par les subventions et remises d’impôts qu’elle obtient de la royauté. D’où la maxime, toujours actuelle « La Rochelle, belle et rebelle. » Pourtant, une telle hégémonie ne pouvait durer et la révocation de l’Edit de Nantes sonne le glas de la future déchéance de la ville. Puissante puis ruinée, LR est telle le phénix qui renaît de ses cendres, car elle se reconstruit après le terrible siège qu’elle a connu où plus de 2/3 de la population est morte affamée; bien qu’elle ne connaîtra pas un rôle aussi important qu’auparavant, la ville reste ouverte d’esprit en accueillant les conseils du financier Law et les idées des Lumières. Inspirée de ces dernières, une académie Société du commerce Littéraire voit le jour où seuls les hommes sont admis. Le jeune capitaine Choderlos de Laclos a été admis au sein de cette académie en 1785; 3 ans auparavant, il a écrit et fait publier son roman épistolaire Les liaisons dangereuses, alors qu’il en mission à LR!

Avec ce petit livre j’ai trouvé ce que je cherchais: des sources historiques solides pour remettre en place de manière chronologique ce que je sais sur LR depuis que je suis petite avant de pomper dans la bibliographie, histoire d’aller plus loin.

Un documentaire sérieux qui est une bonne entrée en matière pour quiconque est sous le charme de LR. Je vais donc poursuivre avec le même auteur sur « Bourgeois et soldats au grand siège de La Rochelle. »

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