La déposition, Pascale ROBERT-DIARD

La déposition, Pascale ROBERT-DIARD, janvier 2016, L’Iconauclaste, 300 pages, littérature française, document.

En trois mots:  famille, secret, tragédie.

COVER LA DEPOSITION

Quatrième de couverture: « Quand Guillaume Agnelet a quitté la barre, j’ai baissé la tête, je tremblais. Sur mon carnet j’ai griffonné mise à mort d’un homme. Deux jours après la déposition du fils, la cour d’assises a déclaré son père, Maurice Agnelet, 76 ans, coupable de l’assassinat de sa maîtresse et l’a condamné à vingt ans de réclusion criminelle. L’affaire avait trouvé son épilogue judiciaire.

Mais une autre histoire était venue la culbuter, tout aussi dense et douloureuse. Elle se passait juste à côté, elle avait duré presque aussi longtemps et on n’en avait rien su, rien deviné. J’avais la scène sans les coulisses. La lumière, sans les ombres. J’ai voulu comprendre. »

Mon avis: L’affaire Maurice Agnelet aurait pu ressembler à une partie de Cluedo, grandeur nature, ou même à une mise en scène tronquée où les Capulet et les Montaigu seraient les Le Roux versus les Agnelet. Tout est parti de la disparition d’Agnès Le Roux, héritière du Palais de la Méditerranée de Nice à l’automne 1977, alors qu’elle avait fait rentrer le loup dans la bergerie, sous influence dit-on, de son amant, le franc-maçon et avocat Maurice Agnelet. Ledit homme, lui-même suspecté, sera condamné pour son assassinat 37 ans après la disparition de la jeune femme, bien que son corps n’ait jamais été retrouvé.

Pourtant, la réalité a dépassé la fiction et il s’agit bel et bien d’êtres de chair et non de papier qui animent ces tragédies familiales retracées par la chroniqueuse judiciaire Pascale Robert-Diard, suite à ces échanges d’avec Guillaume Agnelet, le cadet, alors qu’elle couvrait le dernier procès du père, Maurice Agnelet. On pénètre dans l’intimité de la famille Agnelet, sans voyeurisme, puisque c’est à travers les yeux de Guillaume que la famille se met à nu. Et quelques frissons parcourt le lecteur dès lors que les événements chronologiques lui sont relatés dans l’intimité de cette famille.

Le père, qui se fait appeler Maurice et non « papa », est un homme qui aime le pouvoir, les affaires, l’argent et le sexe; la femme, Anne, mère de ses trois enfants -Jérôme l’aîné fauché par le SIDA dans sa vingtaine, Guillaume, le cadet dont la place dans la fratrie n’a pas été simple, et Thomas, le dernier fils handicapé- ferme les yeux sur les infidélités conjugales de son époux qui a notamment pour maîtresses Françoise et Agnès.

Malheureusement la famille Agnelet vole en éclats lorsque la disparition de la maîtresse est officielle. Il y a la séparation des parents, la perte de Jérôme, les confidences paternelle et maternelle sur Agnès, les accusations et les procès qui s’enchaînent. Pourtant, les Agnelet gardent la tête haute sur le devant de la scène. Guillaume mène de front un véritable combat avec son père et ses avocats, parce qu’il n’y a « pas de corps » Maurice Agnelet ne peut être condamné.

Ce que nul ne sait à ce stade là, c’est le combat que Guillaume se livre avec lui-même pendant près de 30 ans. Un combat invisible, sourd, vicieux du bon vieux secret de famille que tout le monde tait mais qui le tue à petit feu. Pour sauver sa peau, au sens propre comme au figuré, Guillaume, va révéler le secret des Agnelet et faire voler en éclat ce qui restait de sa famille.

Sa déclaration scelle la fin de la longue série de procès. Rideau final sur « l’affaire ». Familles anéanties. A quels prix?

On lit ce livre en pleine conscience de la souffrance d’un fils qui n’a pas été considéré par ses parents comme il aurait du l’être. Prêt à tout par amour pour sa famille, c’est son propre rôle de père qu’il a choisi. Sous la plume de l’auteur, il en deviendrait presque un héros. Un très beau document qui touchera aussi bien les férus de chroniques judiciaires que les lecteurs empathiques.

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Lu dans le cadre du GPLE 2017

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Jury d’avril, sélection du jury de septembre 2016.

L’esprit de l’athéisme, André Comte-Sponville

L’esprit de l’athéisme, Introduction à une spiritualité sans Dieu, André Comte-Sponville, juin 2010, Le livre de poche, 224 pages, littérature française, essai, philosophie.

En trois mots: Réflexion, athéisme, liberté.

esprit de latheismeQuatrième de couverture: Peut-on se passer de religion ? Dieu existe-t-il ? Les athées sont-ils condamnés à vivre sans spiritualité ?
Autant de questions décisives en plein « choc des civilisations » et « retour du religieux ». André Comte-Sponville y répond avec la clarté et l’allégresse d’un grand philosophe mais aussi d’un « honnête homme », loin des ressentiments et des haines cristallisés par certains. Pour lui, la spiritualité est trop fondamentale pour qu’on l’abandonne aux intégristes de tous bords. De même que la laïcité est trop précieuse pour être confisquée par les antireligieux les plus frénétiques. Aussi est-il urgent de retrouver une spiritualité sans Dieu, sans dogmes, sans Église, qui nous prémunisse autant du fanatisme que du nihilisme.
André Comte-Sponville pense que le xxie siècle sera spirituel et laïque ou ne sera pas. Il nous explique comment. Passionnant.

Mon avis: Paru en 2006, il y a 10 ans donc, ce texte, abordable pour tous nuls en philosophie, est criant d’actualité. J’ai ressenti le besoin de me recadrer dans les valeurs de notre beau pays, qui sont profondément miennes, où beaucoup de choses vont à vau-l’eau. Attentats. Intolérance. Montée du FN. Incivilité. Extrémisme en tout genre. Le point commun que j’ai avec l’auteur: avoir été chrétienne dans mon enfance avant de tourner le dos à la religion. Aujourd’hui je suis fière d’être française, libre, athée et d’évoluer dans un pays laïque. Et j’ai des valeurs fondamentales qui m’habitent.

Autour de trois grandes questions – 1. « Peut-on se passer de religion? »; 2. Dieu existe-t-il? »; 3. « Les athées sont-ils condamnés à vivre sans spiritualité? » – l’auteur recentre le débat sur ces thèmes avec rationalité et démonstration. Ils citent également de grands philosophes tels Pascal ou Freud, pour appuyer le déroulé de son raisonnement. Car il y a des points fondamentaux qui surpassent ce qui ne peut être prouvé; ce sont la paix, la fidélité, la vie, l’amour, le présent, la démocratie, la laïcité et la liberté de l’esprit.

Nous sommes déjà dans le Royaume: l’éternité c’est maintenant.

A aucun moment, l’auteur tente de convaincre le lecteur, il expose son point de vue. A chacun d’y prendre ce qu’il veut. Moi je suis conquise par son raisonnement; il a posé des mots sur des ressentis.

Un très bel essai accessible à tous, pour notre liberté.

J’aime pas être enceinte, Mademoiselle Navie

J’aime pas être enceinte, Melle Navie, mars 2014, Marabout, 159 pages, documentaire.

En trois mots: grossesse, interrogations, bonheur.

enceinte« J’aime pas être enceinte », conseils et astuces pour survivre à ces 9 mois de pur bonheur…m’a appris que j’appartenais à la joyeuse catégorie des primipares. C’est comme les primo-accédants mais version bébé!

Avec beaucoup d’humour, comme une amie bienveillante, l’auteur balaie chaque trimestre de grossesse, avec les points positifs et négatifs, et soumet des conseils plein de bon sens mais aussi concret (par exemple où trouver des vêtements de grossesse, gestion du budget, préparation des affaires, côté administratif)… Oui, mais tu verras que sous les effets des hormones, le bon sens tu n’auras plus. Alors te faire dire les choses clairement en langage normal, a contrario du charabia médical, ça aide! 

Elle évoque également les questions taboues que l’on se pose (ou pas), le rapport de soi et son utérus au reste du monde. Parce que forcément on a toute droit à la phrase « mettre en enfant dans ce monde pourri… » alors en contre argument, Mademoiselle Navie, rétorque:

C’est sûr que si je l’avais mis au monde au Moyen Age à la suite d’un mariage forcé avec un mec qui m’aurait violé le soir de ma nuit de noce à à peine 14 ans, je lui aurais offert un meilleur avenir » (page 54)

 Alors entre les angoisses, les vomitos, et la fatigue chronique, ce livre m’a donné la bouffée d’oxygène objective dont j’avais besoin -entre autre- pour relativiser les maux de grossesse tout en légèreté et me faire déculpabiliser de ne pas aimer mon premier trimestre!

Je recommande ce petit livre à toutes celles qui ne sont pas sereines en début ou en cours de grossesse pour tout un tas de raison qui relève de l’intime, selon le parcours de chacune, parce que quoi qu’il arrive un babychou dans le bidou c’est la plus belle aventure d’une vie!

La Rochelle à l’époque moderne: heur et malheur d’une cité maritime (1560-1780)

La Rochelle à l’époque moderne: heur et malheur d’une cité maritime, de Guy Rousseau, Alain Thomas Editions, avril 2011, 112 pages, document historique.

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  • Note liminaire: Originaire de La Rochelle, en Charente Maritime (17), j’ai pris conscience que j’avais des carences sur l’Histoire de la ville qui m’a vue grandir. J’en connaissais les grandes lignes, mais depuis quelques temps l’envie d’aller plus loin me titillait; cet été, j’ai donc fait un saut chez Calligrammes, une librairie connue de tous Rochelais, et ai trouvé deux livres pour commencer mon voyage vers le passé. Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de La Rochelle, vous connaissez forcément l’île de Ré, Fort Boyard…
  • Quatrième de couverture: Parcourant deux siècles d’histoire de la grande cité maritime, l’auteur revisite les événements les plus mémorables qui ont marqué la vie des Rochelais de 1560 à 1780. Protestante dans une France en majorité catholique, tournée vers la mer dans une France terrienne, marchande dans une France paysanne, La Rochelle se comporte au XVIe siècle en commune indépendante.En 1627 elle défie l’autorité royale mais sort exsangue et vaincue du dramatique siège où l’on enfermée Louis XIII et Richelieu. L’âge d’or de l’orgueilleuse cité rebelle prend fin.  La révocation de l’édit de Nantes l’atteint durement. Devancé désormais par Bordeaux et Nantes, le port perd la place prééminente qu’il détenait auparavant sur le littoral atlantique. La Rochelle vit dès lors au rythme des événements parisiens, s’intéresse à l’expérience du financier écossais Law, participe à l’effervescence des Lumières mais n’est plus qu’une ville de province prospère et sans singularité. Ses habitants restent cependant fiers, à juste titre, de leur passé et en conservant fidèlement la mémoire.

=> la quatrième est un si bon résumé de ce documentaire que je n’ai pas jugé judicieux de la reprendre et vous faire mon résumé habituel, tout est dit.

 Mes impressions: J’ai adoré et dévoré ce documentaire; j’ai eu le même sentiment en le lisant que lorsque j’assiste à des conférences dont je bois avidement les paroles du conférencier. L’auteur balaie deux siècles mais construit son plan judicieusement autour des faits majeurs qui ont modifié les aspects de la ville. 

Dès le XVIe siècle, la ville est en avance par rapport au reste de la France et a connu ses années les plus fastes grâce aux échanges marchands prodigués par son port. La cité maritime est ouverte sur le monde; protégée naturellement par les îles qui l’entourent (Ré, Aix, Oléron) et son chenal, elle l’est également grâce à ses remparts et ses tours situées de part et d’autres de l’entrée du port (le vieux port d’aujourd’hui). Elle commerce donc avec l’Angleterre et les Pays-Bas. D’ailleurs, de nombreux anglais et hollandais viennent s’établir à LR. Son port, à cette époque, dépasse la notoriété de Nantes, Bordeaux et Marseille. C’est les échanges de biens, les expéditions vers le nouveau monde, la traite des noirs… Prolifique, la ville se distingue aussi par les subventions et remises d’impôts qu’elle obtient de la royauté. D’où la maxime, toujours actuelle « La Rochelle, belle et rebelle. » Pourtant, une telle hégémonie ne pouvait durer et la révocation de l’Edit de Nantes sonne le glas de la future déchéance de la ville. Puissante puis ruinée, LR est telle le phénix qui renaît de ses cendres, car elle se reconstruit après le terrible siège qu’elle a connu où plus de 2/3 de la population est morte affamée; bien qu’elle ne connaîtra pas un rôle aussi important qu’auparavant, la ville reste ouverte d’esprit en accueillant les conseils du financier Law et les idées des Lumières. Inspirée de ces dernières, une académie Société du commerce Littéraire voit le jour où seuls les hommes sont admis. Le jeune capitaine Choderlos de Laclos a été admis au sein de cette académie en 1785; 3 ans auparavant, il a écrit et fait publier son roman épistolaire Les liaisons dangereuses, alors qu’il en mission à LR!

Avec ce petit livre j’ai trouvé ce que je cherchais: des sources historiques solides pour remettre en place de manière chronologique ce que je sais sur LR depuis que je suis petite avant de pomper dans la bibliographie, histoire d’aller plus loin.

Un documentaire sérieux qui est une bonne entrée en matière pour quiconque est sous le charme de LR. Je vais donc poursuivre avec le même auteur sur « Bourgeois et soldats au grand siège de La Rochelle. »

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Le colosse de New York

Le Colosse de New York- Une  ville en treize parties, de Colson Whitehead, Arcades Gallimard, janvier 2008, 152 pages, littérature américaine.

le-colosse-de-new-york-une-ville-en-treizeMon résumé: A défaut de m’offrir du temps et un billet d’avion pour une escapade new-yorkaise, je me suis offert un tour de la ville avec ce livre. L’auteur nous fait arriver au premier chapitre par La gare routière avant de nous faire une visite  guidée de la ville dès le Matin, suivi d’un bol d’air à Central Park avant de nous embarquer dans le Métro, de lutter contre la Pluie, de faire sa star à Broadway, de parcourir Coney Island et le Pont de Brooklyn de connaître l’Heure de pointe, et de faire un dernier tour En ville et Times Square avant de repartir de là d’où on vient à JFK. C’est à travers  le regard de différents individus, parfois touristes, parfois new-yorkais ou américains, homme ou femme, qu’on découvre cette ville si mythique qui vit à cent à l’heure; cette ville est en réalité un être vivant dont le poumon est Central Park et où les artères sont composées des rues par lesquelles les énergies et nutriments voire les microbes arrivent. Observateurs donc, ces personnes décrivent avec justesse le New York qui les entoure – l’arrivée dans la ville, la jungle du métro… et leur ressenti.

  •  Mes impressions: J’attendais une véritable immersion new-yorkaise; malheureusement, je ne me suis pas téléportée de Paris car les descriptions de la ville, à quelques exceptions près, m’ont trop rappelées mon quotidien et mes observations parisiennes; car finalement NY est une mégalopole occidentale dont le rythme est donné par ses habitants, ses travailleurs comme n’importe quelle autre grande ville…Le métro y est bel bien un monde à part où il est préférable d’être dominant que dominé, la pluie est juste insupportable comme partout, et Broadway une attraction touristique comme tout autre lieu célèbre… En revanche, je n’ai pas arrêté ma lecture en cours de route car l’auteur en fin observateur a su retranscrire si justement son quotidien que ses mots deviennent un véritable film qui se déroule devant nous.  

Un moment agréable grâce à une excellente traduction mais que j’ai déjà oublié!

Nouvelle participation au challenge US de Noctenbule

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Idéologie et terreur, Hannah Arendt

Idéologie et terreur, de Hannah Arendt, Introduction et notes par Pierre Bouretz, traduction de Marc de Lanay, édition Hermann, 123 pages, document-essai, philosophie.

Notes liminaires: Peut-être l’aurez-vous remarqué, je fonctionne par cycle dans mes lectures. De plus en plus, j’ai également envie d’apprendre sur des individus qui ont marqué l’Histoire à un moment donné parce que je les trouve extraordinaires, admirables, doués d’une extrême intelligence qui me captive. Là encore j’applique un fonctionnement cyclique basé sur le coup de coeur de l’oeuvre et de l’être.

Il y a deux ans, j’ai redécouvert Léonard, sous entendu Léonard de Vinci; lui et moi sommes devenus très intime: j’admire l’homme et le génie; je pense avoir l’occasion de vous en parler un jour…Ainsi, Léonard a été ma révélation pendant ces deux dernières années et je me suis énormément documentée sur lui. Cette année, j’ai fait la connaissance d’Hannah Arendt dont je n’avais, jusqu’alors, jamais entendu parlé; c’est ce film qui me l’a révélée et qui m’a donné envie d’en apprendre davantage sur elle, donc sur ses écrits.  Sauf que la dame était philosophe et par voie de conséquence, cela implique de me plonger dans ce puits de méconnaissance totale que représente pour moi la philosophie. La philo et moi n’avons jamais été amies, je n’ai jamais rien compris, trop obscure pour mon « moi-ado ». J’espère que mon « moi-adulte » plus mûr, ayant acquis expérience et prise de recul, va comprendre et digérer ses pensées, qui résultent d’une analyse qui me touche. J’ai donc décidé de m’attaquer à « Idéologie et terreur » dans un premier temps.

Pourquoi?

– « Eichmann à Jérusalem » est constamment emprunté à la bibliothèque (oui, certes mais je peux aussi aller en librairie)

– Parce que c’est un texte très court (80 pages)

– Parce qu’il pose les prémices de sa philosophie => je préfère avoir une base solide qui me permettra de mieux comprendre les choses, de suivre ses raisonnements chronologiquement plutôt que d’y aller dans tous les sens.

  • ideologie et terreur couv48dba875209ffRésumé: Le livre est composé d’une longue introduction écrite par Pierre Bouretz, qui est philosophe et directeur d’études à L’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Cette introduction place le lecteur dans le contexte d’écriture d »Idéologie et terreur » d’Hannah Arendt: elle réécrit trois fois ce texte au regard de ses réflexions de plus en plus poussées.  

>>>>>>> Résumé et clés de compréhension issus de l’introduction:

1- Avril 1952: alors qu’elle voyage en Europe, HA réfléchit à sa participation au livre pour Karl Jaspers, psychiatre et philosophe allemand, dont elle a été élève. Le thème retenu est idéologie et terreur. Ce premier texte est rédigé en allemand: c’est la traduction de ce texte qui suivra. Elle puise ses idées chez Montesquieu, Platon, Augustin et Marx, et voilà ce qu’elle va retenir de ses différents travaux:

Montesquieu et son « esprit des lois » avec les notions de lois, politique; Platon: les corps politiques ne naissent pas de chênes ou de rochers; Augustin et sa citation  » l’homme a été crée afin qu’il y ait un commencement »; Marx d’où elle tire des éléments authentiquement philosophiques des éléments anthropologiques; elle retient aussi de Marx le fait que l’homme occidental est tenté de calquer l’action sur le modèle de la fabrication d’objets dès lors qu’il a commencer à se comprendre comme travailleur. Je reviendrais un peu plus tard sur la définition d’HA des concepts de AGIR, ACTION, FABRICATION issus de Marx.

2- Retour aux Etats-Unis où elle rédige une version légèrement différente en anglais (numéro 2) de la version initiale écrite en allemand. Ainsi le texte sera paru deux fois en deux langues en 1953.

3- Ce texte sera aussi le dernier chapitre de l’édition allemande de son livre « Origine du totalitarisme »; initialement publié en  février 1951 à NY, ce livre est le résultat de cinq longues années très éprouvantes qui l’ont épuisée. D’ailleurs le titre qu’elle donne pour la traduction anglaise résume assez bien son état d’esprit: ‘the burden of our time » « le fardeau de notre époque ».

=> les trois versions du texte sont adaptées non seulement à l’usage auquel elle les destine, mais aussi à sa réflexion qu’elle ne cesse de poursuivre. Sa réflexion s’ancre dans une démarche profondément dynamique.

Base de son raisonnement & définition des concepts sur lesquels HA a travaillé:

idéologie = logique d’une idée

« l’homme a été créé afin qu’il y ait un commencement »(Augustin): l’homme a été créé afin que quelque chose en général commençât => le commencement a fait son apparition dans le monde avec l’homme => cela révèle la spontanéité humaine, caractère sacré. l’extermination totalitaire de l’homme en tant qu’homme est l’extermination de la spontanéité => annulation de la création: destruction de l’homme et de la nature.

esprit des lois = les lois règlent le politique c’est-à-dire le domaine de l’entre-deux.              – entre-deux = les lois sont les rapports qui se trouvent entre une raison primitive et les différents êtres, et les rapports de ces divers êtres entre eux [donc] les lois règlent le domaine de l‘entre-deux constitutif du monde des hommes. Il existe deux types de lois, les lois de la nature et les lois de l’histoire, qui appartiennent à des lois de mouvement. En effet, le chef (au sens de despote) imite lesdites lois parce qu’il est un être de vouloir.  » A ce titre il prétend accomplir la « volonté de la nature et de l’histoire! » « 

Cela induit l’explication (page 17) du gouvernement totalitaire. Les gouvernements totalitaires prétendent respectivement accomplir les lois de la nature et de l’histoire; loin d’instaurer une stabilité des affaires humaines à l’instar de celles promues par le droit, ces lois créent un perpétuel mouvement.

Pour en revenir à l’essence qu’elle retire de Marx, HA a défini les termes suivants de manière opposée: « agir = ne se peut qu’en rapport à d’autres et avec eux »; « l’action est quelque chose d’essentiellement différent de la fabrication« ; « action = n’a lieu qu’entre les hommes »;  » toute identification de l’action et de la fabrication entraîne la destruction de la liberté ».

terreur = « docile exécutrice de processus naturel ou historique, fabrique cet être-un des hommes en anéantissant radicalement l’espace vital entre eux, qui est l’espace de leur liberté. »

Le produit final de ces définitions liées bien évidemment à son raisonnement fait de ce texte un complément de la phénoménologie (définition du Larousse: Étude descriptive de la succession des phénomènes et/ou d’un ensemble de phénomènes. Le terme de phénoménologie entendu comme « science » du « phénomène » appartient au vocabulaire technique de la philosophie. Il s’agit d’un néologisme d’apparition tardive) du monde totalitaire centrée sur l’expérience des camps (page 23).

>>>>>>> Résumé et clés de compréhension issus de son texte:

La problématique posée par Harendt s’articule en deux points. Premièrement, il s’agit d’appréhender la nature de la crise qu’ont généré les appareils totalitaires de pouvoir. Ensuite, il s’agit de se pencher sur la nature de ces formes totalitaires de dominations. Ici, HA fait référence au nazisme du III° Reich d’Hitler et au communisme de l’Union Soviétique de Staline. Elle insiste sur le caractère nouveau de la domination qui amène a un pouvoir de domination totale. Elle explique que le pouvoir totalitaire est « sans loi » puisque il balaie tous les droits établis jusqu’alors, notamment le droit positif, qui désignait les lois de toute communauté normale comme des  » facteurs stabilisant des circonstances éternellement  fluctuantes, encadrant l’inévitable instabilité des affaires humaines où l’action des hommes est affectée  d’une constante mobilité, appelant sans cesse un mouvement nouveau » (page 62). Dès lors, les lois totalitaires ne remplissent absolument pas cette fonction de stabilisation mais se définissent comme des lois du mouvement qui ne font plus appelle ni à l’intelligence ni à la conscience. Le changement de régime implique de nouveaux codes, de nouvelles définitions propre au langage totalitaire. Par ailleurs, l’essence du totalitarisme est la terreur « qui n’est pas exercée arbitrairement mais en conformité avec les processus extérieurs et leurs lois naturelles ou historiques » (page 69). La terreur encercle les individus de son lien d’acier. De plus, le système classe les individus en deux catégories: le bourreau et la victime. Mais, les individus sont conditionnés pour basculer de l’une à l’autre catégorie au gré des règles édictées. Tous les liens sociaux sont annihilés. L’homme isolé, abandonné, est soumis à la désolation (et non la solitude); puis elle démontre que le régime totalitaire porte en lui le germe de sa destruction.

Mes impressions: Je n’aurais pas la prétention de dire que j’ai trouvé ce texte facile d’accès; j’ai bien souvent relu les paragraphes afin de bien tout comprendre et chercher des mots dans le dictionnaire, mais pour quiconque s’accroche, réfléchit un minimum et s’intéresse véritablement au coeur du sujet il est impressionnant. Nous ne sommes que 5 ans après la fin de la seconde guerre mondiale et je trouve que son analyse est extrêmement pointue et bénéficie d’une belle prise de hauteur même si on sent qu’elle peut aller plus loin par la suite (et c’est d’ailleurs ce qu’elle fera). La preuve en est qu’elle a maintes et maintes fois retravaillé son texte. Le schéma suivi par Harendt est clairement expliqué et j’adhère à la démonstration qu’elle fait entre l’idéologie et la terreur, ainsi que le comparatif des régimes politiques: monarchie, république et dictature et ce qui les qualifient. Ses recherches se basent sur des analyses précédentes dont elle retire la substantifique moelle afin de poser les bases de sa réflexion. J’apprécie énormément son travail qui me permet d’appréhender un concept difficilement explicable: comprendre les motivations des régimes totalitaires, une de leur manière de raisonner d’un point de vue intellectuel et philosophique est intéressant mais aussi violent; on dépasse l’opposition du bien et du mal en répondant à des questions aussi simples que complexes (Comment? Pourquoi? De quelle manière? Et l’objectif? Mais que s’est-il passé dans leur tête? …)   

Cette première approche des textes d’Hannah Arendt est une découverte. J’adhère à sa façon de penser, il ne reste plus qu’à creuser…

 

Londres, la nuit

Londres la nuit, de Charles Dickens, Rivages Poche-petite bibliothèque, 218 pages, littérature anglaise.

londres la nuitComment résister d’une part à un Dickens et d’autre part à cette si jolie couverture?

  • Notes liminaires: Si nous connaissons Dickens le romancier, nous connaissons moins Dickens le journaliste…Je n’ai pu résister plus longtemps: je me devais de découvrir ce talent de mon auteur chouchou du moment…Les écrits de Dickens, qu’ils soient journalistiques ou romancés, sont en fait interdépendants: sans son activité de journaliste, il n’aurait sans doute pas été aussi brillant dans ses romans, et inversement. Allons voir cela de plus près!

Résumé: Le livre est composé de neuf articles écrits entre 1850 et 1860 qui traitent de Londres, ses quartiers, la Tamise, ses habitants, et la police, complétés d’un plan de Londres pour mieux suivre ses déambulations diurnes et nocturnes, qui ont été publiés dans les deux revues qu’il  dirigea à savoir: Household Words, pour laquelle il devient directeur en 1850, et All the Year Round, qu’il créé lui-même en 1859 après avoir laissé de côté Household Words. 

Dans Nuit sans sommeilDickens, subissant une insomnie, livre ses pensées telles qu’elles lui arrivent: citations d’auteurs tels Washington Irving ou Shakespeare, réflexion sur le sommeil: est-il le même pour tous? Y-a-t’il rupture de classe sociale lorsqu’on dort? Puis, le soir et la nuit emproi aux angoisses l’envahissent, comme en fait tout insomniaque digne de ce nom: il se rappelle la pendaison d’un couple de meurtrier…

Avec Perdu, nous en apprenons davantage sur le petit garçon qu’il était puisque alors qu’il vient de se perdre dans Londres, nous sommes face à un enfant insouciant qui erre dans divers quartiers, qui déjà observe le monde qui l’entoure, et qui rêve à de grandes espérances…Tiens, cela me fait penser à un de ses romans…

A travers Un quartier perturbé, il dénonce les conséquences de la mutation industrielle sur la vie d’un quartier; on  retrouve toute sa verve satirique tant pour les politiques que cette nouvelle économie qui apparaît dont la figure de proue est le chemin de fer.

Ses Promenades nocturnes nous permettent de le suivre au gré d’un Londres endormi où se révèle une vie nocturne: quartiers glauques accentués par la nuit sombre et froide, une inquiétante Tamise, des individus étranges…

La police enquête ou compte-rendu d’interviews avec Scotland Yard!

En tournée avec l’inspecteur Field nous permet de visiter le Londres des bas-quartiers en pleine nuit et de faire connaissance avec la vie nocturne où l’inspecteur Field règne en maître absolu.

L’article En suivant la marée fait de la Tamise un être visqueux et angoissant.

Scène nocturne à Londres, se déroule de mémoire dans le quartier de Whitechapel, où Dickens fait ressortir tout son humanisme. Il s’agit de l’article que je préfère de ce recueil. 

Un amateur fait sa ronde. développe le cercle de promenade de Dickens. 

  • Mes impressions: Je n’ai malheureusement pas écrit ce billet tout de suite après ma lecture et voilà que je sèche…Toujours est-il qu’avec du recul ces articles ne valent pas un roman de Dickens car trop courts; l’exercice est de toute façon différent donc incomparable… Cependant, ils demeurent extrêmement intéressants pour s’approprier davantage son oeuvre romanesque. Sans cette activité d’observateur-analyste, de sociologue, c’est à dire sans ce « travail d’anthropologue social », je suis persuadée que le rendu et les messages qu’il a distillé n’auraient pas eu une telle réalité criante; finalement, je pense qu’il a été un témoin de son temps et s’est servi de sa plume et de ses fictions pour mettre en exergue son point de vue –que je qualifierais de juste et humaniste, mais suis-je suffisamment objective pour avancer cela?   

Les descriptions à la fois issues de la réalité qui l’entoure mais aussi de ses rêveries voire parfois de ses hallucinations, les conditions de vie du peuple, les rencontres avec les truands, les conséquences de l’industrialisation qui laisse apparaître une nouvelle économie, la faim et le manque d’hygiène… observés au gré de ses déambulations diurnes et nocturnes lui ont permis de critiquer la société victorienne avec la sombre ironie que j’apprécie tant chez lui: Dickens constate que « la société maintient les poches de misères au sein même de la prospérité pour mieux les contrôler » et les dénoncer!

On retrouve ses tournures de phrases, son style quoi que plus lisse, afin d’observer -à mon avis- l’objectivité du journaliste; à un moment donné il se réfère à un scandale financier lié à un chemin de fer…cela m’a fait penser à Quelle époque! de Trollope, ce dernier a très bien pu s’inspirer de ce fait divers pour tisser son intrigue.

Ainsi, nous avons là une lecture enrichissante pour mieux comprendre l’auteur et son époque: à lire si vous voulez aller plus loin dans l’analyse de Dickens! 

Et hop, une participation que j’ajoute au Challenge Victorien 2013 d’Arieste!

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Le code d’Esther: et si tout était écrit…

Le code d’Esther, de Bernard Benyamin avec Yohan Perez, First Editions, 269 pages, Histoire/document.

  • le code d estherNotes liminaires: Je n’aurais pas lu ce livre sans le conseil avisé de mon papa qui nous (nous étant mon Chouchou et moi) l’a présenté à Noël. Il s’est donc empressé de le finir pour me le confier, afin que je reparte avec lui à Paris. Il est bien de préciser que mon père est un passionné de la seconde guerre mondiale, qui a notamment lu l’intégralité des minutes des procès verbaux de Nuremberg; par conséquent, je ne pouvais pas ne pas me fier à son jugement quant à ce livre. Depuis 6 mois, ce livre traînait sur nos tables de chevet, et il aura fallu attendre que j’aille voir le nouveau film sur Hannah Arendt pour m’y plonger. En effet, j’y ai découvert cette philosophe juive allemande et sa théorie sur la banalité du mal lorsqu’elle a couvert le procès d’Eichmann à Jérusalem dans les années 60, d’ailleurs chroniqué chez Lulamae, et ai hâte de lire le rapport qu’elle en a fait. En attendant, j’avais le Code d’Esther…
  • Résumé:

Tout est parti d’une phrase, sans doute la dernière, lancée par un nazi du nom de Julius Streicher avant d’être pendu à l’issue du procès de Nuremberg: « Ce sont les juifs qui vont être contents! C’est Pourim 1946! » Pour information, Pourim est le nom d’une fête juive. Mais quel est le rapport entre cette phrase prononcée par un nazi juste avant qu’il ne soit pendu et cette fête? Qu’a t-il voulu dire? Ironie du sort :un homme jugé pour crime contre l’humanité, à l’article de la mort, évoque une fête célébrée par ses victimes, y a-t-il un lien, une menace, une critique de plus, une ultime folie qui s’empare de lui?  » Pourim 1946? Que signifient ces paroles? Existe-t-il un lien entre ces mots et un texte datant de près de deux mille ans, le rouleau d’Esther? Quels autres mystères cache ce procès? Cette enquête sur la prophétie la plus troublante du XX° siècle va tenter d’y répondre. » (page 25)

Ce livre tente d’apporter des réponses à ces questions, et y réussit plutôt bien à mon avis, et est l’aboutissement de plusieurs années de recherches pour Yohan Perez qui a su s’entourer du journaliste de France 2 qui a crée « Envoyé Spécial », Bernard Benyamin, pour avancer, finir son enquête et rendre public leur travail.

On avance donc pas à pas dans ces recherches et la construction intellectuelle se fait au fur et à mesure, en suivant un fil conducteur extrêmement logique.

Si vous êtes pressé(e) ou ne souhaitez pas avoir plus de détails, en sachant que je ne révèle rien car ce n’est ni mon objectif et que cela signifierait raconter le livre, vous pouvez aller directement à mon avis ci-après, sinon voici la construction du livre:

1) Début à Nuremberg: présentation du procès et des 11 nazis jugés; ils ne seront que 10 à être condamnés à mort par pendaison, Göring s’étant suicidé, visite de la prison…

2) La fête de Pourim: ce qu’est cette fête, son histoire et celle d’Esther, les « oreilles d’Aman », pâtisseries juives…Je ne peux m’empêcher d’en faire un très rapide résumé: Le Roi Assuérus vient de bannir sa première femme et choisit Esther, une femme d’une beauté et d’une grâce inégalée, pour nouvelle épouse; il ne sait pas qu’elle est juive à ce moment là. Son royaume se développant fortement, le Roi décide de déléguer certaines tâches à un assistant, un Premier ministre, du nom d’Aman décrit comme un sinistre personnage avide de pouvoir qui fait régner la terreur. Un jour qu’il croise l’oncle d’Esther, ce dernier refuse de se prosterner devant lui, car cet acte ne peut être qu’accompli devant Dieu. Aman rentre dans une colère noire et décide de le punir ainsi que tous les autres juifs du pays. La punition est une condamnation à mort par pendaison. Esther, apprenant la nouvelle informe son mari de la terrible sentence qui pèse sur son peuple; le Roi choqué veut connaître l’identité de l’instigateur d’une telle barbarie. Il décide de le pendre ainsi que ses enfants avec la corde qu’il destinait au peuple juif. Le lendemain, Esther se présente devant le roi qui lui demande de faire un vœu: elle réitère son souhait en lui répondant « qu’on pende les 10 fils d’Aman » sauf que ces derniers ont déjà été pendus… Voilà pourquoi les juifs célèbrent Pourim: ils remercient Dieu de les avoir épargnés!

3) Interviews et rencontres de professionnels comme Avraham Malthète, épigraphiste et paléographe à l’Alliance israélite universelle, des rabbins notamment à Jérusalem. Progressivement les connexions entre le livre d’Esther et le développement de l’Allemagne nazie se révèlent via le poids numérique des lettres, des noms, des dates hébraïques converties en date grégoriennes.

4) A la recherche d’un « Aman » du XX° siècle: voyage à Landsberg en Bavière, rappel de la montée en puissance de Hitler et de la rédaction de « Mein Kampf », visite du camp de concentration de Landsberg…

5) Dernière ligne droite: les nazis avaient-ils décrypté le code d’Esther? d’où la dernière phrase de Julius Streicher; point du vue d’une psychanalyste sur la Shoah.

6) Ultime question: Et si…« Et si quelqu’un avait pu percer le mystère d’Esther avant la guerre, avant la Shoah, le cours des choses aurait-il pu être changé? » (page 244)

  • Mes impressions: Ce livre ou plutôt cette enquête m’a tenue en haleine. Car plus on lit, plus on découvre des faits troublants et plus l’incrémentation intellectuelle se fait. Pour moi, il s’agit d’un livre que tout le monde devrait lire car il laisse songeur et amène à réfléchir. Très peu vu dans la blogo, j’espère vous avoir incité à vous pencher dessus, j’ai réussi grâce à un célèbre moteur de recherche à lire 2 avis minces quant à son contenu sur lesquels je ne suis pas d’accord: on ne peut pas le présenter comme un thriller ésotérique!                                                                                                                                On part d’un fait historique: oui.                                                                                            On part d’un texte religieux: oui.                                                                                            L’analyse des deux se recoupe: oui.                                                                                        Les coïncidences sont troublantes: oui                                                                                  On adhère ou pas à la démonstration: oui ou non, chacun son avis, mais les analyses ne sortent d’aucune façon de l’imagination débordante d’un individu; elles résultent de travaux de recherches, d’analyses historiques, d’avis de professionnels. Et c’est cela qui me séduit mais aussi fait froid dans le dos! Je pense être à la fois très rationnelle, très droite, et très imaginative par moment, mais sur un sujet aussi lourd, ma part de cartésianisme prend le dessus; c’est également la démarche qu’a suivi Bernard Benyamin, démarche professionnelle d’un journaliste qui ne s’est pas laissé influencer par ses découvertes; il a creusé, a posé des questions toutes plus pertinentes les unes que les autres, bref, il a été au bout de sa mission, ce qui est très appréciable.                                                                                                                                      En revanche, j’aurai une critique à formuler. Le style « roman » m’a gêné au cours de ma lecture; l’auteur nous raconte, certes de manière structurée, linéairement son enquête comme dans un roman et par moment a tendance à trop décrire ses interlocuteurs par exemple. J’aurais davantage apprécié que ce compte-rendu soit réalisé sous forme de rapport; je trouve ici que la forme n’est pas au service du fond. Mais ce n’est que du ressenti car a contrario on peut considérer que B. Benyamin nous livre tous ses sentiments et nous prête ses yeux, pour mieux nous entraîner avec lui dans ses recherches. 

J’ai donc apprécié ce livre, comme vous l’aurez compris je pense, non seulement par la qualité des informations fournies, j’ai d’ailleurs appris des choses que j’ignorais, mais aussi par le fait qu’une méconnaissance de la religion juive ne pose pas de difficultés, tout est expliqué. Du point de vue des âmes sensibles, la lecture ne laisse pas indemne, mais aucun passage tombe dans des descriptions terribles, notre imagination et ce que chacun a pu voir de part sa propre expérience est bien suffisant.

Bref, je ne suis pas prête d’oublier cette lecture, deuxième coup de coeur 2013!

J’inscris cette lecture au challenge Petit Bac 2013 d’Enna/catégorie Prénom.

Challenge petit bac 2013
Challenge petit bac 2013