Il était…trois fois Noël: jour 1, 1 XII 2015

Il était une fois trois petits lutins qui organisaient à chaque mois de décembre un très joli challenge de Noël!

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Les noms de ces lutins sont: Samarian, Chicky Poo, et Petit Speculoos.

Il était une fois une blogueuse amoureuse des livres et qui n’aimait pas Noël. Alors, histoire de rendre moins pénible chaque fin d’année, la fameuse blogueuse se lançait dans le challenge, croisant les doigts pour que les jours passent plus vite et espérant qu’un jour la magie de Noël opérerait!

Le programme de cette saison 3 est le suivant, j’ai mis en « gras » les activités auxquelles je souhaite participer:

☕ Mar. 1er : Posez vos bagages dans votre chambre, décorez la à votre goût et n’oubliez pas de vous présenter. (blogs aux couleurs du challenge, billets de présentation)

Mer. 2 : Journée des enfants au chalet, partageons nos lectures jeunesse, sur le thème de Noël et/ou de l’hiver

Sam. 5 & Dim. 6 : le Marathon lecture se déroulera à nouveau sur deux jours. La seule obligation est de lire un livre sur le thème de l’hiver et/ou de Noël, mais pour le reste, vous êtes libres !

Mer. 9 : qu’allez-vous offrir à vos proches ?

Jeu. 10 : votre wishlist

Ven. 11 : C’est maintenant le moment pour une BD qui vous met dans l’ambiance de Noël, de l’hiver… d’être mise à l’honneur.
❆ Et n’oubliez pas d’envoyer votre carte+marque-page.

Dim. 13 : marathon films/séries TV et en soirée, séance de cinéma commune. A 21h, on regarde un film tous ensemble, et on partage nos réaction en direct sur facebook ou twitter (#3xNoël) !

Mar. 15 : présentez-nous vos recettes de Noël

Jeu. 17 : A quoi ressemble votre chez-vous décoré ?

Sam. 19 : Au choix, nous pouvons présenter un DIY, une création ou même un livre d’activités créatives sur Noël, pourquoi pas ?

Mer. 23 : partageons nos avis sur notre lecture commune. Le livre retenu est « La liste de Noël » de Jojo Moyes. 

Sam. 26 : « A picture, an hour for Christmas » ( prendre une photo toutes les heures le 25 décembre ), l’occasion d’immortaliser les préparatifs et le déroulement de Noël

Dim. 27 : parlez-nous de vos épisodes de Noël de séries préférés.

Mar. 29 : Le Père Noël a-t-il été généreux ? Montrez-nous vos cadeaux

Jeu. 31 : Qu’est-ce qui vous inspire pour cette nouvelle année : un « vision-board » ou bien des bonnes résolutions en images…

Et enfin, tous les lundis du mois, nous vous proposons de partager avec nous une photo, prise par vous et correspondant à un thème, pour faire une jolie mosaïque de photos :
Lundi 7 : « chaudes chaussettes, chauds chaussons »
Lundi 14 : « lumière(s) »
Lundi 21 : « gourmandise(s) »
Lundi 28 : « cocooning »

Et du côté de mes livres d’hiver, qui dorment dans ma PAL, on trouve:

christmas pudding noel à Thompson hall contes de noel anne perry

Le silence des bombes, Jason HEWITT

Le silence des bombes, Jason Hewitt, septembre 2015, Préludes, 420 pages, littérature anglaise. Premier roman.

En trois mots: Guerre, Angleterre, Absence.

 

le silence des bombesMon résumé: C’est son accent qui l’a trahi. La fillette a deviné qu’il n’était pas britannique malgré une belle maîtrise de la langue. L’homme est ce qu’elle redoutait le plus: un soldat allemand. Nous sommes en juillet 1940, à « Greyfriars », nom donné à la maison familiale d’une famille traditionnelle anglaise. L’été caniculaire étouffe le petit village perdu dans le Suffolk qui est devenu un no man’s land. Les seules âmes présentes sont les leurs. Celles de Lydia et d’Heiden.

Lydia est une enfant du pays. Envoyée dans le pays de Galles pour être davantage en sécurité elle a fugué pour retrouver son univers, son home sweet home. Malheureusement sa mère n’est plus à la maison. Son frère, Alfie, et son père ont, quant à eux, été envoyés sur le front.

Heiden n’est pas arrivé là par hasard, il se pourrait que l’invasion allemande ait commencé… Se jaugeant mutuellement, les deux protagonistes vont, pendant quatre jours, s’apprivoiser. Enfermés dans la maison, mais aussi dans leurs mémoires, ils retracent silencieusement les derniers événements jusqu’à trouver leur point de convergence.

Mon avis:  C’est un bon premier roman qui, bien que souffrant de quelques déséquilibres, annonce un beau potentiel. L’intrigue est habilement menée et invite le lecteur à tourner les pages pour « savoir » et « comprendre »; même si j’ai eu ma petite idée sur le comment du pourquoi, j’étais bien curieuse de voir comment l’auteur allait me conduire au point de chute!

Le point fort du roman réside donc dans le tissage de l’intrigue qui insère deux visions, celles de Lydia et d’Heiden, broyées dans un système qui les dépassent. Passé et présent s’entremêlent progressivement et nous laisse découvrir des vies brisées pour lesquelles l’avenir à construire est la seule raison d’être. Nous les apprécions chacun à leur tour, tandis qu’eux-mêmes apprennent à supporter cette colocation improvisée.

Le personnage d’Heiden, de prime abord détestable du seul fait de son implication dans la machine du IIIe Reich, est fouillé et devient attachant, notamment parce qu’il n’est pas militaire de métier. En revanche, chez Lydia la grosse imperfection est d’avoir mis en exergue sa féminité alors qu’elle n’est qu’une pré-ado rêveuse qui traîne son ours en peluche partout où elle va.

Leurs attitudes à tous les deux ne sont pas toujours très convaincantes. Je n’ai pas d’exemples précis, c’est davantage du ressenti qu’une vraie critique objective. Ce qui manque à ce roman c’est peut-être ce « petit quelque chose » qui aurait pu le faire basculer dans la catégorie à lire absolument; le sujet ayant déjà été exploité, bien que parfaitement maîtrisé du point de vue de l’écriture, essaie de sortir du simple cadre manichéen, mais ne m’a pas suffisamment touchée. Quoi qu’il en soit, indépendamment de ces gênes, je tiens à souligner la qualité d’écriture qui contribue à porter cette histoire dans l’Histoire.

Eu égard ces bémols, j’ai sincèrement apprécié ce livre et ai tourné les pages avec entrain. L’auteur en a sous le pied et une moins grande retenue dans ses écrits lui sera prometteur.

Je remercie Babelio et les éditions Préludes pour m’avoir fait découvrir ce livre et ai hâte de rencontrer Jason Hewitt!

babelio

challenge wwii

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Drôle de temps pour un mariage

Drôle de temps pour un mariage, Julia STRACHEY, mai 2008, Quai Voltaire, 117 pages, littérature anglaise.

En trois mots: mariage, pluie, Angleterre

 

drole de tpsMon résumé: La maison de campagne des Thatcham est en pleine effervescence. Dolly, une des filles de Mrs Thatcham, est sur le point de se marier avec l’éminent Owen, avant d’embarquer pour leur lune de miel en Amérique du Sud. En attendant le « oui je le veux » à l’église, chacun vaque à ses préparatifs, occupations mais aussi préoccupations. Car sous le vernis bien comme il faut de cette famille bourgeoise ce mariage ne se place pas sous le signe du bonheur. L’atmosphère s’accorde avec le temps; parfois des éclaircies apparaissent dans les couches nuageuses. Tandis que Dolly boit en cachette dans sa chambre, Joseph Patten tourne en  rond et essaie de trouver un sens au mariage de celle qui l’aime et qu’il perd. Mrs Thatcham est, quant à elle, insupportable et aurait un début d’Alzheimer, les jeunes cousins jouent bruyamment, les grandes tantes patientent et les domestiques s’affèrent… L’agitation règne dans cette maison, mais n’est-ce-pas pour mieux dissimuler les plaies?

Mon avis: Drôle de temps pour un mariage s’adresse aux amoureux de la littérature britannique, sous peine de ne pas apprécier l’histoire. C’est un court roman qui m’a charmée, mais certainement pas le meilleur que j’ai lu. Néanmoins, les descriptions de la campagne nous transportent en Angleterre et celles des personnages sont truculentes ; l’émotion est palpable grâce aux descriptions et faits et gestes de ces derniers. Les non-dits laissent transpirer les souffrances et les actions révèlent incompréhension et tristesse. Mais dans une maisonnée aristocrate on tient son rang, on sauve les apparences au détriment des sentiments. Seul, l’éconduit brise la glace en vain…

En bref, l’adage « mariage heureux, mariage pluvieux » ne s’appliquera pas à celui de Dolly…Ouvrez ce livre si vous souhaitez lire un livre court, au charme anglais, et où lorsqu’on gratte la première couche de peinture les couleurs se ternissent.

Un intérêt particulier pour les morts, Ann GRANGER

Un intérêt particulier pour les morts, Ann GRANGER, juin 2013, 10/18, 379 pages, littérature anglaise.

En trois mots: Enquête, Londres, Lizzie Martin.

 

Un int part pr les morts Mon résumé: Au cœur de l’ère victorienne, Miss Elisabeth Martin – Lizzie-, qui vient de perdre son père, le Docteur Martin, quitte sa campagne natale pour Londres. Tante Parry lui a proposé de devenir sa dame de compagnie. Cet emploi lui garantit un petit salaire ainsi qu’une place dans la société puisqu’elle n’est pas encore mariée! Fraîchement débarquée dans la capitale en pleine construction de la gare de St Pancras, elle découvre qu’elle remplace Madeleine Exham, ancienne dame de compagnie, dans la maison de Dorset Square. La jeune femme très fleur bleue a mystérieusement disparu du jour au lendemain. Or, son cadavre est découvert dans les décombres des taudis londoniens que la compagnie des chemins de fer est en train de raser. Le commissaire Ben Ross est chargé de l’enquête. Lizzie, dont l’esprit vif et le passé lui seront de précieux alliés, ne se sent pas en sécurité chez les Parry et souhaite elle aussi découvrir le meurtrier de Mado.

Mon avis: La mutation de l’Angleterre ne concerne pas uniquement l’industrialisation; elle s’attaque aux mœurs avec en figure de proue Lizzie Martin. Jeune femme réfléchie, ni belle ni laide, elle brille par son empathie, sa volonté de rendre la justice et sa langue bien pendue. Personnage principal de ce premier tome qui annonce une belle saga, on s’attache rapidement à elle, tant elle inspire confiance et son esprit est vif. Aussi, lorsqu’elle apporte des premiers éléments probants sur le meurtre de Mado à Ben Ross, on ne peut que saluer son audace et sa déduction; elle devient alors un véritable partenaire du policier de Scotland Yard, à laquelle les petites gens londoniens se confient plus facilement.

Car toutes les couches de la population londonienne sont concernées, de près ou de loin, à cette affaire: des crasseux miséreux, aux domestiques envieux, aux nobles étriqués dans les conventions en passant par les business men de la compagnie ferroviaire,  sans oublier l’homme religieux qui cache quelque secret pervers, chacun est susceptible d’avoir des informations utiles qui permettraient d’élucider le meurtre.

Chaque personnage contribue par ailleurs à étoffer l’atmosphère de ce Londres fascinant dirigé par la Reine Victoria. Là encore, le paysage social colle aux lieux en restituant soit de l’insécurité, sur les bords putrides de la Tamise, soit un confort dans les maisons bourgeoises des Squares. Il y aurait un côté manichéen, avec une romance annoncée à demi mot entre les deux protagonistes, mais la lecture est sincèrement facile et si agréable que cela n’a guère d’importance. L’intrigue se met en place à bonne vitesse, les événements se succèdent progressivement les uns aux autres tant est si bien que l’on est transporté dans l’aventure de Lizzie Martin.

Plus surprenant encore, label de qualité d’un bon livre selon moi, le dénouement que je n’ai pas vu arriver!

Si mon billet ne vous aura pas convaincu, attardez-vous sur la magnifique couverture et…succombez.

Je lirai les deux prochains tomes (La curiosité est un péché mortel suivi de Un assassinat de qualité) et, au regard de l’avis de Belette, je me laisserais bien tenter par la saga des Pitt d’Anne Perry…

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« Musulman » Roman

« Musulman » roman, Zahia RAHMANI, mars 2005, Sabine Wespieser éditeur, 145 pages, littérature française contemporaine, mention spéciale du Prix Wepler en 2005.

En trois mots: identité, immigration, insertion.

musulman

Retenue prisonnière au cœur du désert, la narratrice use de la seule liberté qu’elle n’a jamais possédée: sa pensée. Elle, qui a passé sa vie à fuir l’étiquette « arabe » dans laquelle elle ne se retrouvait pas, la voilà maintenant victime malgré elle d’un conflit qui la dépasse. Parce que née sur une terre dite « arabe » donc « musulmane » elle ne peut être que « terroriste ».

Arabe, elle ne l’est pas. Kabyle, elle l’est. Ce n’est pas pareil. Ses parents ont fui l’Algérie au moment de la guerre. Ils se sont réfugiés en France. Il a fallu troquer  la langue des berbères « langue orale, langue de contes, de récits d’ogres et de légendes » pour la « langue d’Europe », le français. Adulte, elle est de nouveau stigmatisée, cataloguée « Arabe ». Ses racines sont bafouées. Elle décide qu’elle sera apatride et se réfugie dans l’étude. Là encore la violence la rattrape, sa présence gêne. Alors, sa dernière fuite en avant se fait dans le désert. Le désert c’est l’immensité de la paix et de la solitude. Et pourtant…

« Musulman » Roman, dix ans après sa publication, s’inscrit dans une actualité bouillonnante.

C’est un roman qui  interpelle, interroge, et soulève des questions simples aux réponses complexes. Qui est-on quand on quitte sa terre natale? Comment est-on considéré dans sa terre d’accueil? Changer de pays est-ce nécessairement renier une partie de soi? Pourquoi la terre d’accueil vous colle-t-elle une étiquette?  Pourquoi se justifier sans arrêt?

Dans une langue poétique et languissante, la colère retenue de la narratrice se distille progressivement. Il y a un furieux besoin de s’opposer à l’amalgame arabe – musulman. Besoin individuel tout d’abord, afin de trouver sa place, son identité dans une société qui n’est pas celle de sa naissance. Puis un besoin sociétal de reconnaître ces immigrés comme des êtres humains en tant que tels, indépendamment de leur histoire. Il ne s’agit pas de renier leurs origines, certainement pas, il faut accepter les différences; il s’agit de ne pas juger et de prendre conscience que les sentiments sont universels.

« Musulman » Roman place le couple « intégration – tolérance » au cœur de la quête identitaire.

 A l’heure où les amalgames sont vifs,  à l’heure de la mondialisation où l’autre fait encore peur, ce livre rappelle que nous sommes tous, en premier lieu, des êtres humains… 

La femme de Villon

La femme de Villon, Osamu Dazai, janvier 2005, Edition du Rocher, collection « Nouvelle », 66 pages, littérature japonaise.

Notes liminaires: je ne connais absolument pas la littérature japonaise; aussi, lorsque Adalana a reconduit son challenge Japonais, je m’y suis inscrite afin d’aller à la découverte du pays du soleil levant. La femme de Villon est le deuxième titre de la littérature japonaise que je lis, le premier ayant été Le fusil de chasse pour lequel ma chronique dort encore… Si je vous dis cela, c’est parce que j’ai toujours du mal à parler d’un univers dont je n’ai pas la maîtrise; le défi est donc de taille: m’immerger dans la littérature japonaise, respecter mon engagement vis à vis d’Adalana (lire 4 livres) et chroniquer de manière cohérente les livres!

En trois mots: alcoolisme, famille, destruction.

femme de villonMon résumé: François Villon est le nom d’emprunt -je suppose – de M. Otani, un célèbre poète japonais, artiste torturé, alcoolique et coureur de jupon. Sa femme, la narratrice, Mme Otani, sait très peu de chose sur lui. Femme au foyer, elle essaie de subvenir tant bien que mal à ses besoins et ceux de leur fils chétif tandis que son mari multiplie les absences. Son indifférence face à la misère de sa famille est sidérante. Lorsqu’un soir, ce dernier rentre ivre mort, il est poursuivi par un couple de restaurateur auprès de qui il a contracté une belle dette. S’enfuyant une nouvelle fois, en menaçant de mort ses créanciers, il laisse le couple face à sa femme qui essaie de comprendre les griefs reprochés à son mari. Pleine de solitude, mais aussi de sollicitude, cette dernière va s’employer à rembourser la dette de son mari…

Mon avis: Cette sombre nouvelle écrite par Osamu DAZAI (1909-1948) en 1947, soit un an avant son suicide, est, selon l’éditeur, son dernier texte majeur inédit en français. Osamu DAZAI était un homme torturé, suicidaire, morphinomane, issu d’une génération ayant perdu la guerre. Ne pas intégrer la biographie de l’auteur dans ce texte serait une erreur à mon sens: j’ai le sentiment qu’il extériorise son mal être dans ses écrits, certainement quand il était lucide.

« les hommes ne connaissent que le malheur. Ils luttent sans cesse contre la peur. » page 56.    « j’ai envie de mourir à un point que tu n’imagines pas. Depuis que je suis né, je ne pense qu’à la mort. » page 57. Confidences de M. Otani à sa femme.

M. Otani dit François Villon, poète de profession, ne se rend pas compte qu’en se détruisant, il aspire sa famille sur son passage. Si il se laisse aller vers le néant, sa femme s’accroche, elle, même lorsqu’il n’est pas là pour la protéger. La vie, la souffrance, la mort. Les sentiments prononcés à demi-mots propre à la pudeur japonaise, veulent dire beaucoup, et un regard posé sur la souffrance de l’auteur, pour lui-même, peuvent-ils être considérés comme une tentative de vie avant le point final?

Un très beau texte.

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Kinderzimmer

Kinderzimmer, Valentine GOBY, 218 pages, Actes Sud, août 2013 (RL 2013), littérature française contemporaine.

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En trois mots : ignorance – déshumanisation- branche (celle à laquelle on se raccroche quand on est perdu)

Mon résumé : Suzanne LANGLOIS, dit Mila, résistante parisienne, vient d’être arrêtée. Emprisonnée à Fresnes, elle est envoyée en Allemagne en ce milieu du mois d’avril 1944. Sa tendre amie Lisette fait également partie du convoi de ces quatre cents femmes moins les mortes qui arrivent dans un endroit inconnu où, avant de rejoindre un block, elles seront mises en quarantaine. Mila sait deux choses : tout d’abord qu’elle est enceinte puis qu’elle ne sait rien d’autre. Elle va rapidement apprendre les codes du camp de concentration, seuls moyens de survie immédiat dans ce gargouillis de miasmes purulents où la mort remplace la vie. Dans ce mouroir, où la vie humaine vaut moins que celle de chatons, la dépersonnalisation de l’individu est un moindre mal face à la déshumanisation qui s’opère. Torture mentale, puisque vous n’êtes que des objets interchangeables, vols entre prisonnières, et torture physique, par un épuisement au travail, coups de fouet si transgression de règles, et inanition deviennent la norme. Comment dès lors envisager de donner la vie, qui est étouffée à chaque seconde ? Comment être sûre qu’il y a un bébé dans ce ventre qui colle à la colonne vertébrale ? Mila cache sa grossesse, à elle puis aux autres. Mais la peur de l’accouchement la pousse à se confier à ses amies co-détenues. Grâce à l’une d’elle, elle n’ira plus fouiller les wagons des convois mais sera envoyée à l’atelier de couture. Ensuite, Mila découvrira la Kinderzimmer, pièce de stockage des nourrissons – elle n’est pas la seule à être enceinte- et que l’espérance de vie d’un nouveau-né est de trois mois. Le camp lui a tout pris, mais pas la lumière qui l’anime grâce à son fils ! L’hiver arrive, mortel ; or il faut tenir !

De mon point de vue :    Repéré sur les blogs lors de la rentrée littéraire 2013, j’ai enfin pu dénicher Kinderzimmer sur une étagère de ma médiathèque… C’est un livre dont la lecture poignante ne me laisse pas indemne, que j’ai freinée d’ailleurs au départ par peur  – chose sensible que je suis-  de pénétrer un peu plus dans le camp de Ravensbrück.

Le sujet est délicat, mais l’angle de vue adoptée par l’auteur, fait preuve d’une prise de hauteur mature, qui explique sans aucun doute le succès de ce livre. Il n’y a pas de « scènes dégueulasses » de décrites ni de misérabilisme, on a tous vu des documentaires, des photos des camps de concentration et cela suffit amplement à notre imagination. Là, la pression psychologique des mots omniprésente nous entraîne dans la vie quotidienne de Mila qui se conjugue au présent ; on partage ce qu’elle découvre, comprend, vit en même temps qu’elle. Car quand Mila arrive au camp, elle ne sait pas où elle est –si ce n’est en Allemagne, ni ce qu’elle va y faire et on est au même stade qu’elle à ce moment-là de l’Histoire. Elle est parachutée donc dans un endroit, où on lui parle allemand, et où il est indispensable de décrypter le langage, de mimer les autres prisonnières pour se fondre dans la masse. L‘insertion des mots allemands dans le texte sert à créer cette atmosphère propre à Ravensbrück, lieu principal du livre. Car il  y a un « avant » et un « après » Ravensbrück.

On vit donc au présent et il est vrai que Mila se pose des questions sur sa grossesse, sur comment ça se passe à l’intérieur et sur comment se passe un accouchement. Et comment on fait quand on est à Ravensbrück ? C’était il y a 70 ans, et ces interrogations doivent nous rappeler à quel point l’émancipation de la femme et l’éducation sexuelle sont des concepts nouveaux à l’échelle de l’Histoire occidentale. Le savoir c’est le pouvoir ; l’ignorance de la femme sur son propre corps ne devrait plus être d’actualité.

Kinderzimmer est un livre dur, poignant, mais qui fera écho auprès de chacun de ses lecteurs. Il appartient à ces livres qui vous hante et qui vous ramène aux éléments fondamentaux. La connaissance et l’éducation doivent être transmises de génération en génération, en limitant les tabous, car la vie est précieuse et fragile ; en cela, elle doit être protégée indépendamment de ses origines, religions, appartenances politiques, orientations sexuelles et autres arguments qui pourraient lui nuire.

Bref, je vous le recommande. A lire en vous accrochant quand vous serez prêt. Je l’ai fini il y a au moins trois semaines, et ce que j’en retiens aujourd’hui, c’est un message d’espoir et de vie, qui est plus forte que tout !

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Miss Mackenzie

Miss Mackenzie, Anthony TROLLOPE, édition de novembre 2013, Le livre de poche, 507 pages, littérature anglaise.

 

En trois mots: héritage – justice – femme

Mon résumé: Miss Margaret Mackenzie n’a plus jamais était considérée comme quelqu’un d’insipide, ni aux yeux de sa famille, ni aux yeux de la société, lorsque son frère Walter a fait d’elle son unique héritière. Considérée comme une vieille fille de 35 ans, elle devient brusquement un bon parti; considérée comme ennuyeuse, elle n’a jamais été conviée chez son autre frère, Thomas Mackenzie, où elle y est désormais tolérée…Cet héritage modifie donc le comportement des autres vis à vis de Miss Mackenzie mais va également lui révéler la personne qui sommeille en elle. Car pour la première fois de sa vie, elle se demande ce qu’elle va bien pouvoir faire de sa propre vie et comment utiliser cet argent de la meilleure façon qu’il soit pour elle et sa famille proche, les Tom Mackenzie. Pour commencer, elle quitte Londres afin de s’installer à Littlebath, avec une de ses nièces, Susanna, qu’elle prend en charge. Prête à s’ouvrir au monde et à la société, elle fréquente les stumfoldiens, groupe très en vogue du pasteur Stumfold, sans y trouver de vraies amitiés. Puis le bal des soupirants commence: il y a l’associé de son frère Tom, Samuel Rubb Junior, le bras droit du pasteur Stumfold, le révérend Maguire, ainsi que son cousin, John Ball, dont la famille assure qu’elle a été spoliée du fameux héritage. Miss Mackenzie n’a pas été préparée à un tel défilé de prétendants et n’a aucune amie à laquelle se confier. Elle avance seule, armée uniquement de son bon sens et de son instinct. Lorsque l’héritage est légalement remis en question, sa vie semble vaciller, d’autant plus qu’elle s’est engagée à subvenir aux besoins de la famille de feu son frère, Tom. Il lui faudra beaucoup de courage pour affronter la vénalité ambiante qui pollue sa vie.

Mon point de vue: Qu’il est bon de se glisser dans un Trollope…mais qu’il est difficile de parler de ses œuvres! Le titre résume à lui seul le sujet du livre, Miss Mackenzie: sa vie, son oeuvre sous l’ère victorienne dont l’intérêt réside dans la plume trollopienne. Les personnages sont passés aux rayons ultraviolets du romancier, et bien que leurs comportements soient prévisibles, l’analyse psychologique, le suivi du raisonnement et l’attitude des uns ou des autres donnent cette saveur si particulière aux romans de l’auteur. Ses interventions régulières créent un lien entre l’auteur, le lecteur et les personnages; Trollope agit en bon père de famille, en précisant sa manière de pensée auprès de son lecteur pour qu’aucune incompréhension ne soit possible. Il y saupoudre son humour so british et des métaphores fort bien trouvées.

Miss Mackenzie, notre héroïne, suscite toute mon admiration. N’ayant pas reçu une éducation de jeune fille de bonne famille, elle est authentique et cherche la place qu’elle pourrait occuper dans la société afin d’y apporter bienveillance et amélioration. C’est une femme altruiste, au sens de généreuse, qui veut faire le bien autour d’elle, mais se protège si son instinct le lui dit. Elle sait raisonner et se poser des questions quant au sens qu’elle veut donner à sa vie et n’hésite pas, alors qu’elle est discrète, à se faire entendre en cas de désaccord sur des questions de fond (rumeur lancée par Mrs Stumfold, échanges avec Lady Ball). Miss Mackenzie est une femme solide et juste sur qui on peut compter. Malheureusement, elle est très seule et rêve de se marier. En revanche, honnête avec elle même, elle veut un mariage non pas de convenance, mais un mariage heureux. Difficile donc de démêler les manipulations des sincérités dans ce bal des prétendants et de faire face aux pressions multiples, d’autant plus qu’une mésaventure, rendue publique dans un journal local, fera le tour de Londres et lui causera de grands soucis!

Trollope, via une histoire simple, égratigne la religion anglicane et remet en question la société anglaise et son monde des affaires avec en sous-jacent le rapport à l’argent. Malgré la corruption ambiante, il demeure un pilier fiable qu’est la loi, représentée par le notaire de Miss Mackenzie. Ecrit au XIXème siècle, il est question de nombreux sujets toujours d’actualité (pouvoir, argent, presse à scandales) et de sentiments propre aux hommes (amour, envie, jalousie…) mais je retiens surtout le rôle de liberté qu’il donne à la femme.

Ainsi, Miss Mackenzie appartient à la catégorie des classiques qu’il faut lire au moins une fois dans sa vie!

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Ecoute la pluie

Ecoute la pluie, Michèle LESBRE, février 2013, Sabine Wespieser éditeur, 100 pages, littérature française contemporaine.

 

ecoute-pluie-1205479-616x0Alors que la narratrice s’apprête à quitter Paris pour rejoindre son amoureux, le temps d’une escapade, et qu’elle attend son métro sur le quai, son regard croise celui d’un vieil homme. Echange banal en somme. Sauf qu’à l’arrivée du métro, ce dernier lui adresse un sourire, qui sera son dernier, avant de sauter. Cet événement traumatisant la bouleverse. En état de choc, elle erre dans les rues parisiennes alors que l’orage gronde avant d’échouer dans son appartement. Perdue, ses pensées s’entrechoquent, sa vie défile, et à l’issue de sa léthargie elle justifie son absence et son silence de la nuit à son photographe tant aimé avec ces mots « écoute la pluie ».

Le premier chapitre où le vieil homme se suicide m’a laissé suffisamment dubitative pour envisager de ne pas aller plus loin, mais sans autre livre dans mon sac, j’ai poursuivi ma lecture. Et j’ai été happée par ce tourbillon de vie qui défile devant nos yeux. Je me suis laissée emporter par les réflexions de cette femme qui vient d’être confrontée de manière brutale à la mort et qui saisie d’autant plus l’importance de la vie. J’ai apprécié le regard qu’elle porte sur son homme, sur ses talents de photographe et sur leur union. Elle nous laisse entrer librement dans sa tête pour poursuivre son raisonnement avec elle dès le départ comme si nous la connaissions depuis toujours. Nous prenons donc un train en marche qui accentue cet effet tourbillon, mais très vite le puzzle se met en place, et nous partageons sa confidence intérieure.

Moi qui suis assez frileuse sur la littérature française contemporaine, j’ai été agréablement surprise par ce livre dont la sensibilité m’a touchée. Si vous aussi souhaitez le lire, mettez-vous en condition et lisez-le dans un train, attention à ne pas rater votre arrêt!

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Challenge Victorien saison 2 : plus que un mois!

Bonjour la blogosphère,

Ce petit article pour vous rappeler que nous entrons dans la dernière ligne droite du challenge victorien – saison 2, qui se terminera le 30 septembre prochain! Je vous invite donc à lire vos derniers bouquins, écrire vos deniers billets, avant de repartir sur une nouvelle saison, si la motivation et l’envie sont toujours présentes!

Vos liens sont accessibles sur la page dédiée au challenge, en cliquant ici.

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