La petite barbare, Astrid MANFREDI

La petite barbare, Astrid MANFREDI, août 2015, Belfond, 154 pages, littérature française contemporaine. Rentrée littéraire 2015.

En trois mots: Périph’, prison, beauté.

petite barbare

La petite barbare attire comme elle révulse. C’est d’abord une belle couverture qui invite le lecteur vers l’objet livre; des mains griffues et/ou une chevelure encadrant des yeux hypnotiques donnent déjà quelques indications quant au contenu. J’imagine qu’il sera question donc d’une femme envoûtante, belle sans doute, où l’orage de la violence se déversera.

Effectivement.

La petite barbare est née en région parisienne, au cœur d’une banlieue sensible – genre la cité des bosquets sise Montfermeil dans le 9-3 – d’un père chômeur, professionnel du canapé, et d’une mère flétrie, dépressive puis alcoolique. Hormis sa beauté qui sera fatale, elle aime la vie qui brille, les petites bulles et déambuler sur les Champs avec son pote, Esba, perchée sur ses escarpins dans un sillage de Shalimar. Pour exister dans cette société où elle n’a pas trouvé sa place, elle séduit les hommes. Ces derniers se font ensuite dépouiller par Esba. Binôme de choc. Jusqu’au jour où les événements atteignent le point de non retour. C’est de la case prison que la petite barbare – dont nous ne connaîtrons jamais le prénom – raconte son histoire, de l’enfance à la vingtaine, du pourquoi du comment. Même en prison, les hommes s’agglomèrent autour d’elle; un gardien et le directeur. Elle captive les Hommes. Mais m’a- t- elle captivée?

Ce roman a été la révélation de ce cru 2015 selon la presse et de nombreux lecteurs. Quelques blogs l’ont néanmoins nuancé.  J’avais hâte de le lire!

La plume d’Astrid MANFREDI est divine. Elle jongle avec les mots, le langage. Elle pose un style, s’impose par sa singularité. Elle dresse un portrait peu réjouissant de notre société, voir propose une analyse sociologique en toile de fond via le point de vue de sa petite barbare. Mais… Parce que il y a deux « mais ».

Mais, j’ai eu du mal à m’attacher au personnage. Sans la détester ni l’apprécier, ce n’est que vers la fin où l’énoncé de certains constats de notre société sont décrits avec justesse et où elle tombe davantage le masque que j’ai eu un intérêt pour elle. Car au fond ce qu’elle cherche, c’est l’Amour et le bonheur. Elle veut vibrer sa vie, connaître des émotions sincères, sentir la vie, voler. Comme tout un chacun.

Puis j’ai eu du mal avec le cliché « je peux pas m’en sortir parce que je suis du mauvais côté du périph' ». C’est trop facile. La vie est dure. Certains sont plus avantagés que d’autres, certes. Et alors? Cela doit-il excuser la manipulation et l’argent facile? Il est vrai que se lever le matin et aller bosser est loin d’être glamour. La petite barbare juge la société de consommation et les couples plan-plan des pavillons français mais lorsque l’éclairage change et que c’est elle qui est jugée, elle dit « c’est pas moi, j’ai rien fait, je suis passée par là après mon shopping et je m’en tape; c’est pas ma faute si j’ai grandi au cœur des tours, je suis innocente, triste victime du système, vous êtes coupables ». Cliché à mon goût. Certains pourront me rétorquer que cette critique est justement le cliché du cliché; facilité d’opinion, répondrais-je, qui met du temps à dévoiler le fond de son âme et à me toucher. La petite barbare s’est donnée les moyens d’obtenir ce qu’elle voulait et c’est déjà pas mal pris de manière intrinsèque. Sauf qu’elle n’a aucune éthique, aucune valeur au sens où je l’entends. Je préfère les vrais méchants qui me font peur, les vrais gentils qui me touchent ou les torturés mentaux, eux même victimes d’une spirale bien vicieuse. Elle a ses codes d’opportuniste citadine qui génèrent un décalage au cœur de la société à la Hobbes « L’homme est un loup pour l’homme ». Pourtant elle découvre les livres, l’accès à la culture et devient férue de Marguerite Duras. Elle doit choisir entre l’effort ou la facilité à sa sortie de prison.

« Je n’ai plus grand-chose à ajouter. Ah si j’ai peur. De ne pas réussir à commencer »

C’est magnifiquement dit.

Je regrette de ne pas avoir été embarquée comme certains l’ont été, le thème aurait pu m’emballer, il n’a pas atteint mes tripes. Néanmoins, ne serait-ce que pour la beauté des mots, il faut y aller.

Voilà.

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6 réflexions sur “La petite barbare, Astrid MANFREDI

  1. Je n’ai pas accroché non plus sur ce premier roman. L’auteur a un rythme qui me plait bien mais j’aurais aimé plus de retenue. Le personnage est imbuvable et l’auteur présente à La Grande Librairie ne m’avait pas convaincue.

    1. Je me rappelle que ton avis était en demi teinte…Mais j’ai toujours un wagon de retard lol. Sinon on pense pareil et ça me soulage car j’ai lu des avis tellement chouettes que le mien me semble 1) moins bien écrit que ceux des éloges 2) plus critique! Tu auras alors saisi mon clin d’œil avec le mot de la fin: « Voilà »;-)

  2. Ping : Vous avez été sélectionnée… – Les livres de Camille

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