Camille, mon envolée, Sophie Daull

Camille, mon envolée, Sophie Daull, août 2015, Philippe Rey, 186 pages, littérature française contemporaine. Rentrée littéraire 2015.

En trois mots: Mort, Vide, Enfant.

camille mon envoléeChère Sophie,

Je pense que vous me pardonnerez cette proximité en vous appelant par votre prénom. J’ai refermé votre roman la semaine dernière. Bien que l’on l’appelle « roman » il ne traite absolument pas d’une fiction mais bien d’une réalité sans nom: la perte de son enfant. Une mère et un père ne devraient jamais enterrer leur enfant. Le cycle de la vie ne devrait jamais être inversé. Jamais. Votre histoire je l’ai digérée et je suis en mesure aujourd’hui d’en parler.

J’ai repéré votre livre assez rapidement; tout simplement parce que dans le titre il y a « Camille », le prénom de votre fille, mais aussi le mien. Et que « Camille, mon envolée » sur un ciel bleu ça me fait penser à la vie éternelle, à un oiseau  qui, incliné à 45° par rapport à la terre,  le bec dirigé vers le soleil, transperce les nuages pour aller toujours plus haut. Plus tard, vous dites que Camille était gémeaux; je le suis aussi. Déconcertant, n’est-ce pas? Il y a également le sujet qui me touche de très près bien que nos histoires soient différentes et incomparables. Je me situe entre vous deux; en âge d’être maman et parfois aussi insouciante qu’une adolescente lorsque je me retrouve avec ma meilleure amie et qu’on rit de nos 15 ans. Il n’empêche que j’y ai vu un lien, une correspondance, peut-être avec des projections, mais votre témoignage m’a bouleversée. En trente ans de vie littéraire, je n’ai jamais été aussi touchée de la sorte par un livre. Les larmes sont montées à la fin de la deuxième page, puis un peu plus loin, entre la sortie du théâtre et l’appel à SOS médecin, le gros sanglot a éclaté. Le gros sanglot c’est celui qui vient de très loin au fond de vous, qui vous inonde de tristesse et où seul l’épuisement à raison de vos larmes. Votre histoire m’a fait pleurer. Beaucoup pleurer. Vos cris, je les ai entendus. Ils ont fait écho à un hurlement que j’ai poussé il n’y a pas longtemps. Ce n’est pas un cri d’humain mais un cri animal. Nous pensons maîtriser la nature, mais la nature, injuste, nous rappelle que nous ne sommes que des mammifères en haut de la chaîne alimentaire. La vie est une salope à la beauté cruelle. Seuls les meilleurs partent en premier. Mais rien ne console ceux qui restent. Rien. Il y a le vide, l’absence, et les gestes automatiques du quotidien qui le bordent. Vaste mascarade. Ils permettent de passer une journée puis une autre. Et puis il y a l’alcool également; même si il n’est guère le médicament recommandé, il fait du bien en anesthésiant le cerveau. J’ai aimé votre façon d’aborder la mort de votre fille. Vous parlez de sa soudaine grippe, des flashs sensitifs qui vous ont alertée – je pense que c’est ce qu’on appelle l’instinct- alternant avec le temps qui succède sa mort. Vos mots sont simples, chargés d’émotions, mais ne tombent nullement dans le pathos. J’ai pleuré et j’ai souri de certaines de vos anecdotes comme le voisin à vélo que vous n’aimiez pas ou titine qui fait des siennes. Je crois que vous aussi avez dû beaucoup pleurer en retranscrivant votre histoire manuscrite du cahier Oxford à la version tapuscriste de l’ordinateur.

Ecrire pour ne pas oublier et pour donner une éternité à Camille. Elle est éternelle. Vous avez voulu mourir et la rejoindre; aujourd’hui vous vivez pour qu’elle continue à vivre à travers vous-même, tout comme vous vivez pour votre mère. Cette volonté est magnifique. Trois femmes en une, la conception intellectuelle est sublime!

Noel approche. Je déteste cette période. Je tremble avec vous. Je tremble avec toutes les mères qui ont perdu leur enfant. J’allumerai ma petite bougie veilleuse qui fonctionne avec une pile et son lampion où un ange est dessiné. Parce que nos absents sont désormais avec les anges et leur lumière brille à l’intérieur de nos yeux, assure les battements de notre cœur et dansent dans nos souvenirs.

Ma chère Sophie, je vous remercie pour votre témoignage si poignant et vous envoie toute l’énergie solaire dont je dispose.

Mes pensées les plus tendres vous accompagne,

Bien à vous,

C.

Publicités

2 réflexions sur “Camille, mon envolée, Sophie Daull

  1. Bonjour Camille, ta chronique est très belle. Elle donne envie de découvrir le livre, bien qu’il risque moi aussi de me faire pleurer. Merci en tout cas, c’est pour des articles comme celui-là que je vais sur les blogs !

    1. Bonjour Phinette! Tes deux commentaires sont si bien placés, si pertinents que je ne sais quoi te répondre! Merci d’avoir aimé mon article « Camille, mon envolée » car je l’ai écrit avec mes tripes, mes émotions profondes et l’afficher sur le blog publiquement c’est mine de rien un challenge très intime! Je te conseille de le lire donc! Très beau dimanche et bienvenue sur le blog!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s