Concerto pour quatre mains, Paul COLIZE

Concerto pour quatre mains, Paul COLIZE, octobre 2015, Fleuve Editions, fleuve noir, 473 pages, littérature belge.

En trois mots: Braquage, Honneur, Ethique.

CONCERTOMon résumé: Franck Jammet est un joueur. Il joue du piano. Et joue avec le feu en montant des coups tous plus spectaculaires les uns que les autres. Aussi, il lui est rapidement attribué le casse du siècle qui porte sur un vol de diamants d’une valeur colossale.

Jean Villemont est quant à lui un brillant avocat pénaliste, fraîchement séparé de sa femme, amateur d’alpinisme, qui se voit confier un dossier relativement simple de défense d’un preneur d’otage…

Autour de ces deux personnages principaux gravitent respectivement Julie et Leila, ainsi que des amis. Ils n’ont rien en commun et pourtant…

Mon avis: J’avouerai avoir fait traîner ce livre tant je l’ai adoré et que je n’avais pas envie de le terminer! Ma critique sera donc bonne sinon élogieuse.

Dans ce livre, il y a les méchants – les gangsters, les petites frappes –  et les gentils – les avocats et les honnêtes travailleurs. Mais ces apparences trompeuses dévoilent en réalité des psychologies fines et travaillées où rien n’est tout noir ou tout blanc. Car défile sous nos yeux une histoire pour les grands. Certes il s’agit d’une histoire inventée, mais elle transpire l’expérience réelle, le vécu, et elle sonne « vraie ». Les protagonistes ont fait des choix quant à leur vie passée qui orientent par conséquent leur présent, et leur donnent une contenance qui dépasse l’être de papier.

Franck Jammet a choisi de vivre dans l’illégalité. Braqueur de haut vol, extrêmement intelligent, il est minutieux et peut mettre une année à préparer son casse tant il veut maîtriser les événements; il sait également s’entourer de personnes de confiance, comme son fidèle ami, Alex, et de personnes compétentes telle Julie, la fine fleur de la physique, qui deviendra bien plus qu’une complice… Indépendamment de son intelligence qu’il met dans des entreprises illégales, et qu’on suit avec intérêt sincère, (comment faire exploser un fourgon blindé sans abîmer ni les convoyeurs ni le butin?) il a un code d’honneur: ne jamais faire de blessés ni de morts; et cette éthique conjuguée à son professionnalisme le fait entrer dans la légende.

Jean Villemont a choisi, au contraire, la voie de l’avocat pénaliste. Il est brillant, élégant mais a oublié sa femme pour se propulser comme un des meilleurs avocats du barreau. Sa séparation est douloureuse. Bien que bourreau de travail, quitte à accepter un dossier supplémentaire, celui d’Akim Bachir accusé de prise d’otage, il se laisse à fréquenter une jolie avocate talentueuse, Leila. Son nouveau dossier présente des zones d’ombre qu’il souhaite lever. D’où l’intervention de sa consœur sur ce dossier, qui en lui donnant un simple coup de main, va l’amener malgré elle sur le sentier ambigu du secret professionnel.

Dans ce livre il y a un travail de recherche et d’écriture insoupçonnable alors qu’il est d’une fluidité naturelle.  L’auteur s’est effectivement appuyé sur deux témoignages que sont celui d’un braqueur, François Trukens et d’un avocat, Pierre Monville. Je pense que cela explique largement la matière réelle et humaine donnée aux personnages dont je vous ai parlé plus haut. Il connaît également les lieux où se situent les actions; on est principalement en Belgique et même si je n’ai jamais eu l’occasion d’aller m’y promener, la précision de l’environnement accentue ce rendu qui fait « vrai ».

Ensuite le style « Paul Colize » est épuré, concis, clair et net. Il ne brode pas. Alors vous imaginez l’enchaînement des événements au cours de ces 473 pages…Il alterne le point de vue des deux protagonistes et se glisse dans la peau de Jean Villemont, l’avocat, en utilisant la première personne du singulier, ce qui le rend familier. Pour Franck Jammet, il fait des va-et-vient entre passé et présent. L’homme et son histoire se construisent progressivement pour mieux servir la part psychologique de l’individu. Si j’osais émettre deux bémols je dirais que je n’ai pas été surprise de la fin (c’était celle à laquelle je m’attendais) et que j’aurais aimé qu’il soit davantage traité des personnages féminins; mais je crois surtout que j’aurais aimé rester plus longtemps avec eux…

Concerto pour quatre mains est un policier rythmé et dosé écrit par un virtuose remarquable. Un coup de cœur! (vu qu’ils sont bien rares, il convient de le souligner)

Note finale: Paul Colize? Jamais entendu parler. Aussi lorsque Babelio m’envoie un mail – attention c’est un mail automatique, hein! Il ne faut pas croire que je suis une privilégiée des SP- pour m’inviter à postuler pour recevoir son nouveau livre et le rencontrer, je me laisse tenter par la quatrième de couverture et ai la chance d’être sélectionnée…

Et dire que j’ai failli ne pas aller à cette rencontre… Le jour J donc, après une sale journée, je pars direction les locaux de Babelio, fière d’avoir 15 minutes d’avance. Je regarde mon mail pour me rappeler l’adresse précise de Babelio…Et là, sueur froide: la rencontre se fait dans les locaux de l’éditeur, ailleurs dans Paris. Je serai donc  1) en retard 2) j’ai un problème d’I-phone et je n’ai aucun sens de l’orientation donc sans GPS, c’est pas gagné 3) une fois n’est pas coutume, il y a des problèmes dans les transports 4) ça m’apprendra à ne pas lire mes mails 5) Journée pourrie, et si je rentrais? 6) Oui, mais je me suis engagée… 7) Je me bouge et on verra… Mais j’y suis arrivée! Et quel délicieux moment. Paul Colize est belge, avec juste ce qu’il faut d’accent, et un humour extra. Il nous captive en nous racontant les coulisses du roman, interpelle ses lecteurs, bref construit un vrai échange qui me donne qu’une envie: lire son roman et les autres! Et comme s’il n’avait déjà pas assez de vraies qualités humaines, il est bel homme cet auteur! Le résumé de Babelio est par ici.

Je remercie Babelio et les éditions Fleuve de m’avoir fait découvrir cet auteur dont l’univers m’a littéralement séduite.

Un autre avis que le mien: c’est chez Noctenbule: ici

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9 réflexions sur “Concerto pour quatre mains, Paul COLIZE

  1. Ping : Concerto à quatre mains – Paul Colize | 22h05 rue des Dames

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