Qui touche à mon corps je le tue

Qui touche à mon corps je le tue, Valentine GOBY, mai 2008, Gallimard, collection blanche, 136 pages, littérature française contemporaine.

En trois mots:  enfantement, enfance, mort.

qui touche à mon corpsAu cours de vingt-quatre heures, de l’aube du 29 juillet 1943 à l’aube du 30 juillet 1943, trois voix vont s’exprimer. Il y a Lucie L, Marie G. et Henri D. Ils ne se connaissent pas. Pourtant, ils côtoient la mort, chacun à leur manière. Nous les rencontrons à un moment de leur vie, en cette fin juillet 1943.

Lucie L. est en train de réaliser son deuxième avortement, seule, dans son appartement.

Marie G, version féminine du « Dernier jour d’un condamné » de Victor Hugo, a été condamnée à mort pour avoir été une faiseuse d’anges.

Henri D. est bourreau. Il est exécuteur, guillotineur de la justice française.

Tour à tour, on les suit à la fois dans le moment présent, mais aussi dans leur enfance où le lien maternel est décortiqué. Car c’est la relation mère-fille ou mère-fils qui les a façonnés et mis sur leur route d’adulte. Mais c’est bien d’eux, psychiquement et physiquement dont il est question ici et maintenant.

Vais-je être assez objective pour vous parler de ce roman, dans la mesure où je me délecte de la plume de Valentine GOBY depuis peu?

Les mots sont justes. L’auteur ne juge pas, n’est pas moralisatrice.

Pourtant, j’entends, en filigrane, un plaidoyer pour l’IVG et contre la peine de mort. En France, en 1943, les femmes mourraient parce qu’elles n’avaient pas le contrôle de leur corps. Elles ont attendu 1967 pour la légalisation de la contraception et 1975 pour avoir le droit d’avorter. Tandis que d’autres ont été condamnées et guillotinées pour les avoir aidées à essayer de prendre ce contrôle. Qui touche à mon corps je le tue. Et il aura fallu attendre fin 1981 pour l’abolition de la peine de mort. A l’échelle de l’Histoire, c’était hier. A aucun moment l’auteur donne son avis, elle reste objective, descriptive, intimiste mais réussi avec brio l’exercice d’apporter ce petit grain de sel qui donne un autre angle de vu. Il en va de mon interprétation, peut-être que j’y vois ce que je souhaite, mais peu importe finalement…

Mais revenons au livre suite à cet aparté.

Nos trois personnages ont leur propre histoire, avec le lot de douleur et de bonheur qui peuplent une vie. On retrace leur enfance pour mieux appréhender le pourquoi d’aujourd’hui. Même si cela peut paraître réducteur comme approche psychologique, cela les rend attachants, humains, on peut se reconnaître à travers eux; le rythme des phrases, le choix des mots tendres et durs ne peut laisser indifférent. Les mouvements des corps sont décrits, quant à eux, avec art. Les lignes sont un miroir qui montre Lucie L, Marie G et Henri D. dans leur quotidien avec leur force et leur faiblesse. Ni coupables, ni victimes, ils sont portés par leurs choix, leurs actes, dans un système qu’ils essaient de maîtriser.

Un livre puissant assurément.

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2 réflexions sur “Qui touche à mon corps je le tue

    1. J’aime son univers! Tout le monde n’accroche pas toujours, mais je suis subjuguée… Ce livre est très fort, riche en émotions, il s’inscrit dans la complexité de l’âme humaine; j’espère que tu aimeras autant que moi.

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