Kinderzimmer

Kinderzimmer, Valentine GOBY, 218 pages, Actes Sud, août 2013 (RL 2013), littérature française contemporaine.

kinderzimmer

En trois mots : ignorance – déshumanisation- branche (celle à laquelle on se raccroche quand on est perdu)

Mon résumé : Suzanne LANGLOIS, dit Mila, résistante parisienne, vient d’être arrêtée. Emprisonnée à Fresnes, elle est envoyée en Allemagne en ce milieu du mois d’avril 1944. Sa tendre amie Lisette fait également partie du convoi de ces quatre cents femmes moins les mortes qui arrivent dans un endroit inconnu où, avant de rejoindre un block, elles seront mises en quarantaine. Mila sait deux choses : tout d’abord qu’elle est enceinte puis qu’elle ne sait rien d’autre. Elle va rapidement apprendre les codes du camp de concentration, seuls moyens de survie immédiat dans ce gargouillis de miasmes purulents où la mort remplace la vie. Dans ce mouroir, où la vie humaine vaut moins que celle de chatons, la dépersonnalisation de l’individu est un moindre mal face à la déshumanisation qui s’opère. Torture mentale, puisque vous n’êtes que des objets interchangeables, vols entre prisonnières, et torture physique, par un épuisement au travail, coups de fouet si transgression de règles, et inanition deviennent la norme. Comment dès lors envisager de donner la vie, qui est étouffée à chaque seconde ? Comment être sûre qu’il y a un bébé dans ce ventre qui colle à la colonne vertébrale ? Mila cache sa grossesse, à elle puis aux autres. Mais la peur de l’accouchement la pousse à se confier à ses amies co-détenues. Grâce à l’une d’elle, elle n’ira plus fouiller les wagons des convois mais sera envoyée à l’atelier de couture. Ensuite, Mila découvrira la Kinderzimmer, pièce de stockage des nourrissons – elle n’est pas la seule à être enceinte- et que l’espérance de vie d’un nouveau-né est de trois mois. Le camp lui a tout pris, mais pas la lumière qui l’anime grâce à son fils ! L’hiver arrive, mortel ; or il faut tenir !

De mon point de vue :    Repéré sur les blogs lors de la rentrée littéraire 2013, j’ai enfin pu dénicher Kinderzimmer sur une étagère de ma médiathèque… C’est un livre dont la lecture poignante ne me laisse pas indemne, que j’ai freinée d’ailleurs au départ par peur  – chose sensible que je suis-  de pénétrer un peu plus dans le camp de Ravensbrück.

Le sujet est délicat, mais l’angle de vue adoptée par l’auteur, fait preuve d’une prise de hauteur mature, qui explique sans aucun doute le succès de ce livre. Il n’y a pas de « scènes dégueulasses » de décrites ni de misérabilisme, on a tous vu des documentaires, des photos des camps de concentration et cela suffit amplement à notre imagination. Là, la pression psychologique des mots omniprésente nous entraîne dans la vie quotidienne de Mila qui se conjugue au présent ; on partage ce qu’elle découvre, comprend, vit en même temps qu’elle. Car quand Mila arrive au camp, elle ne sait pas où elle est –si ce n’est en Allemagne, ni ce qu’elle va y faire et on est au même stade qu’elle à ce moment-là de l’Histoire. Elle est parachutée donc dans un endroit, où on lui parle allemand, et où il est indispensable de décrypter le langage, de mimer les autres prisonnières pour se fondre dans la masse. L‘insertion des mots allemands dans le texte sert à créer cette atmosphère propre à Ravensbrück, lieu principal du livre. Car il  y a un « avant » et un « après » Ravensbrück.

On vit donc au présent et il est vrai que Mila se pose des questions sur sa grossesse, sur comment ça se passe à l’intérieur et sur comment se passe un accouchement. Et comment on fait quand on est à Ravensbrück ? C’était il y a 70 ans, et ces interrogations doivent nous rappeler à quel point l’émancipation de la femme et l’éducation sexuelle sont des concepts nouveaux à l’échelle de l’Histoire occidentale. Le savoir c’est le pouvoir ; l’ignorance de la femme sur son propre corps ne devrait plus être d’actualité.

Kinderzimmer est un livre dur, poignant, mais qui fera écho auprès de chacun de ses lecteurs. Il appartient à ces livres qui vous hante et qui vous ramène aux éléments fondamentaux. La connaissance et l’éducation doivent être transmises de génération en génération, en limitant les tabous, car la vie est précieuse et fragile ; en cela, elle doit être protégée indépendamment de ses origines, religions, appartenances politiques, orientations sexuelles et autres arguments qui pourraient lui nuire.

Bref, je vous le recommande. A lire en vous accrochant quand vous serez prêt. Je l’ai fini il y a au moins trois semaines, et ce que j’en retiens aujourd’hui, c’est un message d’espoir et de vie, qui est plus forte que tout !

challenge wwii

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12 réflexions sur “Kinderzimmer

  1. La façon dont tu partages ton avis me donne très envie de lire moi aussi ce livre .. Je le mets vite sur ma Wishlist.
    Je ne sais pas si tu n’as déjà lu, mais je te conseille « Elle s’appelait Sarah », de Tatiana de Rosnay. Beaucoup moins dur et poignant, mais tout aussi prenant. ^_^

    Bisou Bisou.

    1. Merci pour ce petit mot; c’est le plus beau des compliments que l’on peut me faire lorsque je donne envie de lire un livre! N’hésite pas à me laisser le lien de ton article quand tu l’auras écrit! Ma mère a lu « Elle s’appelait Sarah » je lui emprunterai à Noel ;-)! Belle journée!

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