L’ami retouvé

L’ami retrouvé, de Fred Ulhman, Folio, novembre 2013, 122 pages, littérature anglaise.

ami retrouvé

En trois mots: amitié- valeurs- trahison

Mon résumé: Alors qu’Hitler est pleine ascension, la vie allemande suit son cours au lycée très renommé de Stuttgart, le Karl Alexander Gymnasium. Hans Schwarz, fils de médecin juif, plutôt discret, y rencontre le jeune mondain Conrad Graf von Hohenfels, dont les parents côtoient intimement le Führer. Les deux jeunes hommes vont progressivement s’apprivoiser et créer une amitié fusionnelle très forte. Mais leur condition sociale et le contexte politico-social auront raison de leur amitié. Les parents de Hans l’enverront en Amérique tandis que Conrad restera dans le cercle hitlérien. Pourtant, leur destin, scellé comme un pacte d’adolescent, est à jamais lié.

Mon avis: Il existe des petits livres pas bien épais et qui pourtant sont d’une profondeur et d’une force qui vous coupe le souffle; L’ami retrouvé appartient à cette catégorie. Il est intéressant de se plonger dans le milieu allemand de ce début des années 1930 et d’observer la vie quotidienne à ce moment là. Chacun vaque à ses occupations en ne remettant guère en cause la paix qui existe encore à ce moment là. Hans à des questions qui sont le propre d’un adolescent en quête d’identité et d’amitié. Très observateur, très réfléchi aussi malgré son manque d’expérience, il est intelligent. Ceci explique sans aucun doute les liens d’amitié qu’il créé avec Conrad et dont les échanges ne sont que constructifs.

« Je rejetai toute croyance en un être supérieur et bienveillant. Je parlai de tout cela à mon ami en propos passionnés et désespérés. Quant à lui élevé dans la stricte foi protestante, il refusa d’accepter ce qui me paraissait alors la seule conclusion logique possible: il n’existait pas de père divin » page 50

 » Désormais, la question essentielle n’était plus de savoir ce qu’était la vie, mais de décider de ce qu’il fallait faire de cette vie sans valeur »  page 53

« Tout ce que je savais, c’est que c’était là ma patrie,mon foyer, sans commencement ni fin, et qu’être juif n’avait fondamentalement pas plus d’importance qu’être né avec des cheveux bruns et non des cheveux roux » page 64

Mais cette belle amitié qui est de la pureté, de la sincérité et de la fidélité que seule la passion de l’adolescence décuple, va être brisée dans une violence inouï pour Hans lorsque son ami, en sortie avec ses parents, l’ignore à l’Opéra:

« J’attendais l’apparition des Hohenfels. Mais quand je les vis enfin j’eus envie de m’enfuir. Ne vaudrait-il pas mieux écarter la pointe de la dague qui, je le savais par l’atavique intuition d’un enfant juif, me serait, dans quelques minutes, plongée dans le coeur?  »      page 89

Cette tragique ignorance est vécue comme une trahison qui met un terme à leur complicité. En parallèle, les idées nazies se répandent progressivement parmi les allemands et notamment au prestigieux lycée de Stuttgart. Bien qu’une résistance intellectuelle mette en exergue les non sens de l’idéologie d’Hitler, les plus benêts l’adopte sans hésitation. Ainsi, les parents de Hans décident de l’envoyer aux Etats-Unis…

…Trente ans plus tard, aux Etats-Unis, c’est un Hans devenu adulte qui se remémore son arrivée sur le sol américain et qui découvre ce qu’est devenu son ami perdu (ou retrouvé?)

En bref, il s’agit d’un bijou de la littérature dont la force est phénoménale; il n’est pas question des camps et des rafles; il est question des valeurs fondamentales et universelles, celles qui font de vous un être humain, amitié, loyauté, principes au cœur de la tourmente… La fin est inattendue et donne le point final à l’inimitié de Hans et Conrad. A lire absolument!

challenge-été 2014 pal métaphore

                                                                 (4/20)

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8 réflexions sur “L’ami retouvé

  1. Maureen

    Bonjour, mon professeur de français nous a donné un devoir sur l’extrait de l’Opéra et il nous pose la question par rapport a cette citation « la pointe de la dague qui […] me serait, dans quelques minutes, plongée dans le coeur » De quoi parle Hans ? Pourriez vous m’aider, s’il vous plait, je ne comprends pas…

    1. Bonjour Maureen, je pense que tu n’as pas lu le livre, c’est dommage car je sais que les livres imposés en cours ne sont pas toujours chouettes mais celui là est court et il y a un message très fort sur l’amitié et sur l’Histoire.
      Quand Hans dit « la pointe de la dague qui me serait plongée dans le coeur » c’est une métaphore, c’est à dire une situation imagée; aujourd’hui on dirait « un coup de poignard dans le dos » qui prévient le lecteur que quelque chose de grave va arriver. Il évoque à ce moment là la douleur de la trahison de son copain lorsque ce dernier l’ignore lors de l’entracte à l’Opéra. Bon courage pour ton devoir!

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