Elizabeth Bàthory (BD).

Elizabeth Bàthory, de Pascal Croci & Françoise-Sylvie Pauly (dialogue), Edition Atmosphêres/ (EP) Emmanuel Proust Editions, BD, 68 pages + annexes. Cycle de théorie sur les vampires.

  • elizabeth-bathory-1Quatrième de couverture: Hongrie. XVI° siècle. La jeune comtesse Elizabeth  Bàthory se livre a des orgies dans son château. Elle y torture et tue des jeunes femmes pour se baigner voluptueusement dans leur sang espérant gagner la jeunesse éternelle. 

L’auteur reprend le mythe de la comtesse sanglante: vampire pour la légende et tueuse en série pour l’histoire, il dresse un portrait sans concession d’une femme complexe autant ambiguë que terrifiante. Dracula au féminin.

 

 

« Erzsébet, tu es comme une bête. Tu vis tes derniers mois. Tu ne mérites pas de respirer l’air de cette terre ni de voir la lumière de Dieu. » Elizabeth  Bàthory, la comtesse sanglante de Valentine Penrose, Mercure de France, 1962. 

  • Mon résumé de l’histoire L’histoire s’ouvre sur une petite fille qui ne ressemble pas à une petite fille comme les autres. Cette petite fille est belle. Mais elle est cruelle. Elle se plaît à torturer de petits animaux et décapiter ses poupées. Impressionnante, personne n’ose lui dire que cela est mal et pourquoi cela est mal.

Notre petite fille grandit et est en âge de se marier; aussi en ce 8 mai 1575 à Presbourg, sont célébrés les noces d’Elizabeth et du Comte Ferencz Nadasdy, sans son consentement. Profitant d’un moment de répit, au cours de cette noce, qu’elle partage avec sa demoiselle d’honneur, qui est aussi sa « cousine » pour laquelle elle n’est pas vraiment sûre du lien de parenté, elle découvre les plaisirs du sexe. Cette union scelle le début de leur histoire et de leurs jeux sans limite ni morale. Leur duo va donc séduire des jeunes filles ramenées au château afin qu’elles puissent « jouer » (torture en tout genre, bains de sang…). En parallèle les deux femmes font la connaissance de deux hommes, un pasteur et un peintre, qui abondent dans leurs pratiques. Pourtant, contre toute attente la cousine met fin à tout cela. Ce brutal arrêt est vécu violemment pas la comtesse; emplit de solitude, elle chevauche à travers les forêts environnantes, dans le froid et la neige, pour se calmer. Sauf qu’elle découvre une orgie dont ses compagnons sont les acteurs principaux. Sauf qu’elle n’a pas été conviée. Jalousie et trahison sont les sentiments qui l’animent…

Elizabeth_Bathory baignoire

2 janvier 1611: le procès de la Comtesse Elizabeth Bàthory commence avec les témoignages de ses serviteurs inculpés et du pasteur. Mais, elle a perdu la mémoire, est très confuse, certainement dans le déni. A l’issue du procès, elle est condamnée à être emmurée vivante dans son château.

 

  • Mes impressionsMalignité et violence caractérisent cette BD qui ne laisse pas indifférent. Ces points se retrouvent tant dans le fond que la forme de la BD. Les dessins sont crus, et pourtant ni beaux ni laids: il est impressionnant de voir des pièces de cadavres de jeunes filles embrochés sur les murs et plafonds alors que d’autres jonchent le sol. Attirée par le portrait aux traits fins et délicats de la couverture, j’ai été déçue par les dessins des planches; mais l’oppression qui s’en dégage m’a vite fait oublier cette déception. Des bribes d’histoires s’intercalent par ailleurs tout au long de la BD. Le lecteur a le tournis, les faits se superposent les uns sur les autres sans lien logique. L’atmosphère dégagée par le tout est pesante. Il faut attendre le point final, digérer le tout quelques instants, pour s’approprier la chronologie des événements. 

Bon, et le sens de cette BD alors? Il ne m’est pas apparu clairement. Pourtant, des données implicites et le scénario bien ficelé ne peuvent être le fruit d’un travail uniquement glauque. J’ai trouvé la réponse dans le dossier final: l’auteur a souhaité dénoncer ici la  banalisation de la pornographie macabre dans son cycle théorie des vampires. Et, de mon point de vue, sans connaître le sujet, je trouve qu’il a réussi, son message est passé.

Je suis toujours incapable de vous dire si j’ai aimé ou pas, ni si je vous recommanderais ou pas cette BD; pour ma part elle m’a remuée et j’ai comme l’impression que c’est le but recherché par l’auteur…

Publicités

4 réflexions sur “Elizabeth Bàthory (BD).

  1. Je ne m’attendais pas à trouver cette BD chez toi. J’avais lu une chronique à son sujet chez une blogueuse de littérature érotique qui s’était posé moins de questions que toi. Ca ne m’avait pas donné spécialement envie de le lire, d’autant que je bloque toujours avec l’utilisation des légendes historiques, et je ne suis pas plus convaincue. Je ne vois pas bien en quoi faire un ouvrage de plus de pornographie macabre dénonce-t-il la banalisation du genre?

    1. Ah ah, je suis pleine de surprise 🙂 J’espère tout de même que mes questions sont légitimes, il faut que je trouve un sens aux choses, sinon ça ne me convient pas. Je ne connais absolument pas le sujet de la pornographie macabre et cette BD ne me donne pas envie d’aller plus loin! Trop glauque pour la petite chose fragile que je suis! Pour répondre à ta question, je dirais que cette BD s’adresse à un grand nombre de lecteur et donc peut sensibiliser un large public: la personne saine d’esprit sera choquée par cette violence et ce sexe gratuit qui, il faut bien l’avouer, sont omniprésents dans notre société, et ont tendance justement à devenir « normal »; pour dénoncer cela, il faut aller plus loin dans cette violence, quitte à passer à un autre niveau -il est précisé ici que je ne connais pas les autres niveaux en fait!- Je dirais que l’auteur provoque pour mieux critiquer…En s’inspirant d’un fait réel, on peut supposer qu’il attire notre attention sur le fait que l’Homme est un animal à l’état naturel doté de la capacité de penser d’où la question: est-il nécessaire d’imaginer des atrocités alors qu’elles existent ou ont existé par ailleurs?

      1. Après vérification, je m’aperçois que j’ai confondu avec La comtesse rouge de Georges Pichard, BD inspirée d’un texte de Leopold von Sacher-Masoch (celui qui a donné son nom au masochisme). Cette pauvre comtesse inspire décidément les auteurs de BD. Ca pourrait être intéressant de comparer les deux, pour quelqu’un de courageux!
        Certes, l’âme sensible que je suis est dubitative quant à la nécessité d’imaginer des atrocités (même si c’est pourtant le cas ici : encore une légende mêlant sexe et sang qui a inspiré les auteurs de fiction pendant des siècles alors que les historiens sont bien plus circonspects), celles-ci ne manquant pas dans le monde et dans l’Histoire.
        Je trouve tes questions tout à fait légitimes et bien plus intéressantes qu’un simple article descriptif. Et je trouve ça intéressant de connaître l’esprit qui a présidé à la création de l’oeuvre. Je reste toutefois dubitative sur l’efficacité de la démarche… et je ne peux pas m’empêcher de l’être un peu aussi sur l’honnêteté de celle-ci, du fait que le sexe et les horreurs ont un impact certain sur les ventes. Mais je ne pense pas que j’irai me faire ma propre opinion, je crains que ce ne soit trop sanglant à mon goût!

      2. Il est clair que si je n’étais pas tombée dessus à la bibliothèque, je n’aurais même pas envisager de l’ouvrir…c’est vrai que ça boost les ventes et je n’y ai pas songé,parfois ma valeur vénale est bien loin lol; il faudrait discuter avec l’auteur pour mieux cerner sa véritable démarche, je te rejoins à 100% sur ton analyse…et j’adore en discuter! 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s