Les derniers jours de Stefan Zweig, BD

Les derniers jours de Stefan Zweig, de Laurent Seksik & Guillaume Sorel (dessins) Casterman/ Flammarion 2012, 88 pages, d’après le roman de Laurent Seksik Les derniers jours de SZ, Flammarion 2010.

sweig_bd les derniers jrs de SZAprès quelques recherches, il apparaît que cette BD à beaucoup tournée sur les blogs…J’ai du louper un wagon car j’étais complètement passée à côté des billets la concernant; en effet, c’est un petit tour à la FNAC qui m’a fait la découvrir alors que j’en cherchais une autre…J’ai eu l’occasion de l’emprunter à la bibliothèque, mais il n’est pas exclu que je me la prenne…Ainsi, voici mon résumé et mon avis:

  • Résumé de l’histoire: L’histoire est très bien résumée par le titre; elle relate donc les derniers moments de l’écrivain, d’août 1941 à février 1942.                               Je vous propose là un long résumé qui raconte la quasi intégralité de la BD. Aussi, si vous ne voulez pas tout savoir -quoique l’intrigue soit simple-je vous invite à aller directement consulter mon avis…

Stefan, accompagnée de sa seconde jeune épouse, Lotte, quitte NY à bord d’un paquebot direction le Brésil et la ville de Pétropolis. Avant NY, ces derniers avaient résidé à Londres, mais ils avaient été contraints de fuir car ils étaient considérés comme allemands (planche 24). Bien installés dans la maison qui leur est louée pour 6 mois, Stefan projette d’écrire une biographie de Balzac et s’entoure des livres qu’il a écrit…Un livre intitulé « Kleist » entretient un certain mystère qui sera expliqué plus loin au lecteur. Puis la vie s’organise et un voisin et ami de Stefan, Ernst Feder, journaliste, leur rend visite. Ils évoquent leurs amis, tous morts, tués par les nazis. Malgré cette ombre, nous apprenons que Stefan a couché sur le papier son autobiographie, ou comme il le dit le monde qu’il a connu avant la guerre: « je n’ai jamais attaché à ma personne assez d’importance pour raconter aux autres l’histoire de ma vie, mais en ma qualité d’autrichien, de juif, d’écrivain, d’humaniste et de pacifiste, j’ai voulu témoigner » (page 42, planche 40). Il va donc la présenter à Rio, au palace Copacabana, à un agent ou éditeur qui se nomme M. Koogan. Cette autobiographie amène quelques frictions dans le couple car elle a été écrite avec l’aide de sa première femme, Friderike. De plus en plus, les sentiments d’impuissance face aux événements outre Atlantique et de lassitude l’envahissent; Lotte essaie de combler ce vide en mettant en avant l’espoir d’un avenir ne pouvant être que meilleur. Elle lui organise donc un dîner entre amis à l’occasion de son soixantième anniversaire. Malheureusement, le discours préparé par son mari, « Les remerciements du sexagénaire », la bouleverse car elle y détecte les paroles de quelqu’un qui veut en finir (page 55, planche 53)…Plus tard, le 8 décembre 1941, ils apprennent  que Roosevelt a déclaré la guerre aux nazis. Lotte, heureuse, imagine que cette intervention va mettre fin à la guerre et que le retour en Europe est imminent; Stefan, quant à lui, apprend en parallèle que les assassinats des juifs s’organisent de manière effroyable. Puis Singapour est le théâtre d’une défaite américaine qu’il associe à la perte de la guerre; pour lui, qui jusqu’à présent a anticipé la montée du nazisme et ses conséquences, cela signifie que dans un an, les sbires d’Hitler seront à Rio. Il n’y a donc plus rien à espérer; seule la mort le soulagera. Il entraîne Lotte, en ce beau dimanche ensoleillé dans son suicide.

 

  • Mes impressions: Je ne connais guère la biographie de Sweig si ce n’est le fait que je sais qu’il s’est exilé sur le continent américain avant de se suicider, le poids de la seconde guerre mondiale étant trop lourd à porter pour cet humaniste. Je me souviens que ma mère me l’avait dit lorsqu’elle le lisait et que je devais avoir une dizaine d’années; cela m’a marqué car je m’en souviens encore… Je ne souhaite pas, pour le moment, creuser davantage sa biographie tout simplement parce que je n’en ai pas envie ; aussi je vais prendre du recul quant aux données de la BD ne sachant pas si nous avons du réel-réel ou de la fiction mélangée au réel. Néanmoins, je suppose que la trame essentielle de la BD repose sur des éléments véritablement établis puisque l’auteur du scénario a rédigé une biographie de Zweig avant de la porter en BD.

zweig bd planche

zweig bd planche

Cette BD est extrêmement riche en émotions, qui sont transmises à travers la qualité des dialogues mais aussi à travers la finesse des dessins. Les mots ont été choisis avec soin et justesse et les phrases ont une tournure qui nous propulse au milieu du XX° siècle, parmi les penseurs de l’époque. Cela est d’autant plus accentué par les dessins et les couleurs douces et agréables, qui donnent une harmonie à l’ensemble; les scènes où les nazis sont présents sont quant à elles sombres avec du rouge-marron-noir pour mieux représenter la mort, le chaos, et l’horreur; on ressent vraiment le contraste entre la violence de la guerre et le calme apparent de la vie des époux Zweig à Pétropolis, Brésil, qui ont eu la possibilité de fuir physiquement l’Europe. Pourtant cette fuite n’est moralement pas synonyme de repos psychique pour l’écrivain, qui souffre dans son âme de cette destruction d’êtres humains par d’autres êtres humains et qui est persuadé que rien ni personne ne pourra arrêter Hitler dans sa conquête de territoires, subordonnée à l’extermination d’un peuple. Désespéré, anéanti, Stefan Zweig ne peut trouver le repos qu’à travers la mort; il se suicide donc en avalant un poison en entraînant sa femme Lotte avec lui. Je suppose que seul l’Amour qu’elle lui portait conjugué à la peur d’être séparée de lui peut expliquer qu’elle l’ait suivi…Ce geste ultime tend à rendre plus fort, plus prenant encore, la force de ses écrits, lui qui a su si bien transmettre émotions et sentiments en maîtrisant à la perfection la psychologie de l’Homme.

Une très belle BD tant sur le fond que sur la forme; à lire d’urgence si vous ne la connaissez pas!

NB: « Lettre d’une inconnue » chroniqué ici, et Métaphore organise un challenge Stefan Zweig sur son blog, .

 

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Une réflexion sur “Les derniers jours de Stefan Zweig, BD

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