Dickens ou Boz pour les intimes

Charles Dickens, l’inimitable, the inimitable, catalogue d’exposition du château d’Hardelot (62), bilingue français, anglais, 189 pages. Exposition qui eut lieu dans le Nord-Pas-de-Calais du 28 mai au 23 octobre 2011.

  • l-inimitable-charles-dickens-the-inimitablePourquoi ce billet? Au cours de ma lecture des « Grandes Espérances« , j’ai eu envie d’en apprendre un peu plus sur l’auteur afin de mieux m’approprier l’oeuvre et les prochaines que je compte lire. Le destin a voulu qu’un tour à la bibliothèque plus tard, alors que je m’en aller faire enregistrer mes emprunts, je suis passée devant un rayon sur lequel était mis en avant ce livre sur Dickens; bref, ni une ni deux, me voilà en train de le compter dans ma pile de livres de la bibliothèque. Loin d’être une biographie de Dickens, il s’agit du catalogue de l’exposition « Dickens l’inimitable », qui a eu lieu dans le Nord de la France en 2011, au château d’Hardelot à l’occasion du bicentenaire de la naissance de l’écrivain. Cette exposition sur l’homme, sa vie, son oeuvre, a été réalisée grâce à un partenariat franco-anglais. Comme tout catalogue d’exposition, le livre est composé de textes -dans les deux langues- de dessins et de manuscrits, ce que j’ai beaucoup apprécié pour une première approche sur Boz. En revanche, je n’ai noté ici que ce qui m’intéressait, en lien avec les « Grandes Espérances ». 

Charles Dickens (07/02/1812-09/06/1870) se définit par les caractéristiques suivantes: 

  1. fin chroniqueur;
  2. observateur attentif de ses contemporains: toute son oeuvre tourne autour de la société et des individus qui la composent; hommes et femmes intrinsèques avec leurs qualités et leurs défauts;
  3. homme généreux, il est proche du peuple,
  4. est attaché à la notion de liberté qu’il considère comme une valeur universelle. Pour lui, il y a une possibilité d’évolution de l’humain car il croit que l’homme peut agir sur son destin dès lors qu’il le veut. Cette vision humaniste rejoint l’adage « quand on veut on peut! »

Dickens a beaucoup voyagé en France, son pays de coeur et a eu une maison à Boulogne-sur-mer appelée le « chalet Dickens » près du château d’Hardelot.

Le livre s’articule autour de 5 grands thèmes, dont voici la teneur qui m’a permis de pénétrer davantage dans le monde dickensien.

I. La traversée de la Manche

par Michael Hollington

Dans l’oeuvre de Dickens, le mouvement est le bien suprême et défie l’immobilisme qualifié de mal, d’absence. Ainsi, le mouvement peut s’assimiler à la traversée de la Manche qui chez Dickens est synonyme de fuite de la justice. L’idée est la suivante: « en 1810, deux ans avant la naissance du romancier, son grand-père, Charles Barrow fut contraint, selon les termes de Michael Allen, de fuir le pays suite à la découverte par l’Amirauté qu’en commettant des détournements frauduleux, il avait escroqué ses employeurs de la somme de 5689 livres steling 13 shilings et 3 pence » (page 21).

Ceci explique que divers personnages de Charles Dickens suivent les traces de Charles Barrow en traversant les mers qui entourent la Grande Bretagne pour échapper au scandale ou aux poursuites. Il y a donc omniprésence de ce thème dans son oeuvre ce qui induit une question de taille. Pourquoi le père de Dickens, qui s’appelait John, n’a pas suivi l’exemple du grand-père (son beau-père) à savoir fuir à l’étranger plutôt que de se laisser arrêter pour dettes et être enfermé dans la prison de Marshalsea? En effet, cela aurait permis au petit Boz de ne pas connaître le traumatisme de l’usine de cirage de Warren.

Pour en revenir à la traversée de la Manche, il est bon de noter que Dickens avait le mal de mer et vivait donc très mal les traversées qu’il comparait à des expériences de mort ou de résurrections développées dans les thèmes de l’exil et de la mort. Avec le temps et un prophylactique, ici le laudanum, il les vit mieux voire lui procure de l’exaltation.

 II. L’hospitalité chez Dickens

par John Bawen

L’hospitalité résulte des scènes où l’on boit et mange, où l’on partage ou pas, ce que l’on a avec d’autres, qu’ils soient amis ou étrangers.

L’hospitalité est l’apanage du genre romanesque: beaucoup de rencontres (bien ou non) ont lieu dans des auberges ou des tavernes. C’est le cas chez Dickens ou Balzac; de plus les scènes d’hospitalités sont propices au développement de l’intrigue, comme chez Jane Austen ou Henri James où leurs personnages décident de leur sort au cours de fêtes organisées dans des lieux intimes: des manoirs, lors du moment du thé. Mais revenons à notre auteur où l’omniprésence de l’hospitalité, qu’elle soit réussie ou ratée, amène deux qualités dans le plan éthique et politique: l’accueil d’un étranger ou d’un invité est une affaire d’éthique mais aussi de politique, politique en matière d’immigration, d’émigration, d’exil, de déplacements populaires, de douanes, de passeports et de contrôles aux frontières.

III. Dickens à l’échelle planétaire, première phase

par Robert L. Patten

Les écrits de Dickens sont sources d’inspirations pour des écrivains vivant par exemple en Afrique ou au Japon qui mettent en scène des personnages masculins dans leur apprentissage de la vie. Dickens est devenu un auteur à l’échelle planétaire. En Grande-Bretagne, il a été lu dans les différents formats qu’il utilisait pour diffuser ses oeuvres. Grâce aux feuilletons illustrés hebdomadaires ou mensuels, il a permis aux classes moyennes de pouvoir s’offrir un accès à la littérature. Cependant, le plus souvent, ses lecteurs empruntent les romans en plusieurs volumes auprès de bibliothèques ambulantes.  Il à noter que le feuilleton a fortement conditionné les aspects de la structure esthétique de Dickens: chronologie des événements  rappel de l’intrigue principale, survenance de péripéties secondaires…ont introduit un échange positif avec ses lecteurs qui est la marque distinctive de l’identité de Dickens qui a su mieux que quiconque, à cette époque, s’en servir. Avec ses oeuvres, Charles Dickens est perçu comme un auteur typiquement britannique, humoriste mais réaliste, qui a insufflé des réformes en contribuant au bien-être social de l’Angleterre grâce à ses critiques sociétales.

Avec son expansion internationale, l’oeuvre de Dickens est aussi assimilée à un bien vénal; seul le temps permettra d’apprécier son influence universelle car il convient de se demander comment son oeuvre sera relayer par les éditeurs, libraires et accepter par d’autres, qui ne sont pas anglais (donc possibilité de décalages culturels). Se pose le problème de la conversion d’une langue à l’autre, mais je ne développerai pas ce thème, et donc la question de « l’absorption et de la transformation d’une culture par une autre » (page 109)

IV. « Dans une impasse »: le procès du passé dans la « maison d’âpre-vert » et « Histoire de l’Angleterre à l’usage des enfants »

par David Paroissien

Avec « la maison d’âpre-vert » Dickens manie avec brio divertissements et dérisions et fait passer ses idées politiques qui prônent non seulement la distribution du savoir mais aussi le progrès social. C’est une capacité de Dickens que de » balayer toute la Constitution britannique » (page 126) et de remettre en question « l’intégrité de tous les acteurs du monde judiciaire, la compétence des classes dirigeantes de l’Angleterre et l’efficacité de presque une institution victorienne sur 2, à savoir l’église et son appareil » (page 127).

Dans « A child’s history of England » Dickens relate l’Histoire de l’Angleterre centrée sur les monarques et les maisons régnantes d’Angleterre. L’objectif du livre, à tendance libérale, est de cheminer vers la liberté économique, religieuse et politique. Souvent relégué aux oubliettes, cet ouvrage donne néanmoins des clés de compréhension dans le décryptage pouvant être fait des oeuvres de Dickens: notion de pouvoir très forte chez l’élite dirigeante anglaise dont le pouvoir divin fût remis en cause puis puisqu’elle a du, par la suite, rendre des comptes au Parlement; d’où l’importance de la lignée dans cette sphère sociale. En effet, la lignée permettait d' »assurer » la compétence, le niveau social, et donc l’immobilisme qui a été vivement condamné. Un tel comportement des classes supérieures du pays empêche toute évolution, selon Dickens, puisqu’elles campent sur leur statut passé. Or, l’auteur dit implicitement qu’un tel héritage du passé n’est qu’ignorance, chevalet de torture, souillure et maladie. En critiquant de cette manière le passé, Dickens veut faire passer l’idée que seule une libération du passé engendrera évolution, donc progression vers une meilleure situation.

V. David Copperfield ou l’infini littéraire

par Christine Huguet

Héros préféré de Charles Dickens et de nombreux de ses lecteurs, il est à noter qu’ici, il frôle l’autobiographie.

  • Pour conclure: J’espère vous avoir éclairé succinctement sur l’homme à travers ce billet. Pour ma part, j’ai mieux compris son fonctionnement en tant qu’homme et cela m’a éclairé sur l’auteur.
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