« De grandes espérances »

De grandes espérances de Charles Dickens, Le livre de poche classique, 607 pages.

  • dickensRésumé du livre: C’est l’histoire d’un petit garçon, dont le nom de baptême Philip Pirrip est devenu « Pip » car beaucoup plus facile à prononcer pour un enfant, qui va se transformer en jeune homme, « Monsieur Pip » ou « Haendel » dans l’intimité, avant de devenir un homme, qui trouvera enfin son identité car il s’appelle « Pip », « Pip » tout court. Pip, le narrateur nous livre ici l’histoire de sa vie; l’histoire d’un petit garçon ordinaire au destin extraordinaire.

Comme beaucoup d’enfants du XIX° siècle Pip est orphelin. Recueilli et élevé « à la main » par son exécrable soeur, Mrs Joe Gargery, épouse de Joseph Gargery, forgeron de métier, son enfance est d’une tristesse aussi sinistre que les brouillards qui entourent les marais, près de leur maison. Souffre douleur préféré de sa soeur qui manie avec dextérité le fouet prénommé « Chatouilleur », cette dernière aime se faire remarquer en société en arguant le fait qu’elle s’occupe de son petit frère car comme elle le répète elle l’élève à la main. Heureusement qu’il trouve chaleur et réconfort auprès du bon Joe, son meilleur ami et de Biddy une petite fille pleine de douceur, un peu plus âgée que lui, qui lui apprend à lire. Une première rencontre aussi étrange qu’inquiétante va venir perturber la vie quotidienne et ordinaire de ce petit garçon. Un forçat évadé, essayant de se cacher dans les marais, lui tombe dessus à la nuit tombée, le menaçant de sévices si il ne lui apporte pas des vivres. Pensez-vous que le jeune Pip, traumatisé par une telle rencontre, va s’exécuter redoutant davantage les terribles représailles du forçat-bagnard que le courroux de son affreuse soeur dès lors qu’elle s’apercevra que le garde manger a été pillé! Cependant, les gendarmes œuvrant pour retrouver l’évadé, même en ce jour de Noel, ne tardent pas à le renvoyer là où il doit être. Une deuxième rencontre tout aussi atypique dans un autre registre va venir mouvementer la vie de Pip. En effet, une dame de la ville, Miss Havisham, réputée être très riche, souhaite l’inviter pour jouer. Cette invitation est perçue comme un grand honneur pour Mrs Gargery et l’oncle Pumblechook, un homme vénal en perpétuelle représentation sociale. C’est ainsi que Pip est envoyé là-bas et va vivre une drôle d’aventure dans cette maison aux volets clos, Satis House, où le temps est suspendu, et où il découvre une femme cadavérique, à la peau flétrie, qui vit dans les souvenirs lugubres de l’échec de son mariage…Dans cet univers vieux et poussiéreux, Pip fait également connaissance avec la jeunesse et la beauté sournoise de la mystérieuse Estella dont il devient éperdument amoureux. Mais Estella est d’une beauté inaccessible dans la mesure où la jeune fille est la fille adoptive de Miss Havisham, cette femme qui caresse si bien la folie, et qui en a fait sa marionnette. En effet, Miss Havisham façonne et modèle la jeune fille afin qu’elle réalise certains desseins malsains auxquels elle la destine. La beauté charnelle d’Estella est aussi attirante que son comportement est cruel. Lors de ces rencontres d’un autre temps, Pip, errant dans le jardin, va se bagarrer avec un « jeune et pâle gentleman »…avant de retourner à ses marais, avec bien entendu une autre invitation à jouer… Voilà, pour le décor que j’assimilerais à la première partie de l’histoire qui suscite bien des questions: Que signifie cette mascarade? A quoi une femme âgée peut-elle jouer? Quelle est le rôle d’Estella? Quelle est l’identité du « jeune et pâle gentleman »? Que faisait-il dans le jardin? Pourquoi Pip?

Le mystère, déjà à son paroxysme, va s’épaissir lorsque Mr Jaggers, homme de loi londonien, rend visite à Pip et sa famille pour leur annoncer, qu’un(e) mystérieux(se) bienfaiteur (bienfaitrice) anonyme -dont l’identité ne peut être révélée que par cette personne- a de grands projets pour Pip afin de le transformer un gentleman. Si Pip accepte, il devra partir à Londres, et s’instruire auprès d’un tuteur afin de réaliser ses premiers pas dans la haute société, à l’unique condition de ne jamais évoquer ni rechercher cette personne inconnue qui semble avoir de grandes ambitions pour le garçon. Des rêves pleins la tête, Pip fort de sa nouvelle position sociale accepte le marché. Mr Jaggers, sans arrières pensées, peut lui conseiller un tuteur si il le souhaite, du nom de Mr Pocket, cousin de Miss Havisham, dont le fils Herbert est disposé à vivre en colocation avec lui… C’est ainsi que se mettent en place les grands espoirs, les ambitions secrètes, de notre jeune ami qui débarque à Londres pour vivre la grande vie à laquelle il aspire. Croquant la vie londonienne à pleine dent, Pip apprend aux côtés de M. Pocket, qui forme également deux autres jeunes hommes, Drummle et Startop, rencontre par ailleurs la famille de son tuteur, devient intime avec le plus proche collaborateur de son tuteur, Mr Wemmick dont la bouche à une forme de boîte aux lettres, et vit dans un château…L’agression dont est victime sa soeur, est malheureusement l’occasion pour Pip de revenir chez lui, mais un fossé se creuse progressivement entre ses origines et ses aspirations. Et puis, un beau jour, Pip a la révélation qu’il attendait tant, lourde de conséquence…

  • Mes impressions: Bien qu’ayant eu des difficultés à m’approprier l’histoire au début, où on pourrait être tenté d’abandonner le livre, quoique les nombreux rebondissements incitent à dévorer le chapitre suivant, il faut insister afin que l’intrigue devienne complète et se révèle au grand jour, car ce n’est vers la fin que tout s’incrémente et que les messages distillés par l’auteur prennent tout leur sens. Réaliste, Dickens croyait en l’homme et en son pouvoir de choisir sa destinée: cela est véhiculé par Pip. Un Homme peut être à la fois bon et mauvais, agir d’une certaine manière dans un contexte qui lorsqu’il est connu permet de comprendre le fondement de telle ou telle attitude; mais en communiquant et en expliquant un autre point de vue, la vision de cette personne peut par ailleurs évoluer, car les situations ne sont jamais figées: je pense à Miss Havisham et Estella; une position sociale ne procure aucune valeur de plus ou de moins à un individu: l’amitié, la vraie, celle que Joe, le « simple forgeron » porte à Monsieur Pip, « le gentleman », est un pilier pour Pip qui dans l’excitation de vivre ses grandes espérances l’oubliera un temps, or une telle amitié est précieuse. L’amitié aussi se définit par l’aide et le soutien d’un ami dans ses projets comme le fait Pip avec Herbert.

En ce qui concerne la forme du roman, j’ai énormément apprécié l’humour de Dickens, ses jeux de mots et sa manière de donner une âme aux objets (le fouet s’appelle chatouilleur) ou de caractériser les humains par des attitudes mécaniques (la boîte aux lettres de Wemmick) et de ponctuer le récit de fantaisie (Wemmick vit dans un château à pont levis). Dickens met, à mon avis, un point d’honneur à valoriser les petites gens, tels Joe ou Biddy, et prend un malin plaisir à critiquer ceux qui disposent du pouvoir: il ridiculise l’oncle Pumblechook qui lorsque la nouvelle situation de Pip est connue se vante d’être son meilleur ami et ne cesse de lui serrer les mains. Il insère aussi une notion du justice pour tous via l’insondable Mr Jaggers. Mon billet serait incomplet, pour ma part, si je ne mentionnais pas que Dickens a écrit deux fins à cette histoire: une version pessimiste et une version optimiste sous l’influence d’un de ses amis, qui est proposé dans cette version du Livre de poche.

En bref, une oeuvre que je vous encourage à découvrir si vous ne la connaissait pas encore!

Une belle découverte -une de plus- que je n’aurais pas encore faite sans l’organisation de cette LC par Adalana, je vous invite à aller voir les commentaires de mes co-lectrices qui sont centralisés chez Adalana, par ici. De plus, cette lecture me permet de participer au challenge Gilmore Girls, niveau Jess de Touloulou.

jessbook

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11 réflexions sur “« De grandes espérances »

  1. Ping : Charles Dickens – De grandes espérances | Adalana's Imaginary World

  2. Ping : De grandes espérances – Charles Dickens | Un cahier bleu

  3. Ping : Dickens ou Boz pour les intimes | Les livres de Camille

  4. Moi aussi, je n’ai pas la version avec l’autre fin, ce qui me rend bien curieuse.
    En tout cas, quand j’aurais besoin de me souvenir de l’intrigue, je viendrai lire ton résumé qui est ultra-complet !

    1. Merci pour ce petit mot! Je trouve avoir éludé pas mal de passages et de personnages, j’espère cependant ne pas en avoir trop dit…Pour ma part, les 200-300 dernières pages sont extras et m’ont transportées. Ecoute, faut qu’on mène l’enquête avec Virgule pour trouver l’autre fin!

  5. Moi aussi j’avais les 2 fins et j’ai trouvé ça très intéressant de les comparer (pour celles qui ne l’ont pas, la fin dite ‘triste’ se termine par une rencontre entre Pip et Estella qui est déjà remariée). J’ai également beaucoup aimé l’humour de Dickens (et la boite aux lettres de Wemmick ainsi que son chateau et le Vénérable)

  6. Ping : Bilan d’avril 2013 | Les livres de Camille

  7. touloulou

    Je n’ai pas lu Dickens, à part un chant de Noel, tu me donnes envie de lire celui-ci ! Mais je crois que ce sont David et Oliver qui sont dans ma pal…
    Bravo pour cette inauguration de challenge ! 🙂

  8. Ping : Rétrospective de cette année 2013 | Les livres de Camille

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