« Demain, demain tout cela finira », dit le joueur.

Le joueur de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Le Livre de Poche, Classiques, Littérature Russe, 217 pages.

dostoïevski le joueur

  • Résumé de l’histoire: 

Alexei Ivanovitch vient de se faire engager comme précepteur des enfants de son employeur le général Zagoriansky. Il a donc en charge l’instruction de Pauline Alexandrovna, la belle-fille du général  âgée d’une vingtaine d’année pour laquelle il éprouve des sentiments amoureux, et des deux petits qui ne sont encore que des enfants. Cette famille vit actuellement dans un hôtel à Roulettenbourg, ville allemande fictive réputée pour ses eaux et ses casinos, bien loin de leur Russie natale. Curieusement, le général est entouré de français dont une comtesse, veuve, du nom de  Mme de Cominges et de sa fille mademoiselle Blanche de Cominges, ainsi que de M. Des Grieux, d’un anglais, M. Astley, ainsi que d’une autre femme de l’Est, Marie Philippovna. Les liens de cet entourage hétéroclite sont bien obscurs mais progressivement le narrateur, Alexis Ivanovitch, va comprendre la teneur de leurs relations. M. Astley, semble être un invité de la famille, effacé, timide, mais dont les interventions sont toujours pertinentes. Marie Philippovna, quant à elle, apparaît et disparaît sans explication. Le « françouzik », à savoir Des Grieux, semble être en affaires avec le général en qualité de créancier. Blanche de Cominges se laisse charmer semble-t-il par le général, qui souhaite ardemment l’épouser. Cependant, les français appâtés par le gain, ne s’intéressent nullement au général: seul compte un prochain héritage que ce dernier doit percevoir d’une vieille grand-mère mourante « la baboulinka » restée en Russie. De nombreux télégrammes sont échangés en ce sens afin d’avoir des nouvelles de son état de santé, c’est à dire de sa mort imminente et donc de la perception de la succession par son unique héritier, le général. Tandis que les tractations vont bon train,  Alexei Ivanovitch tombe rapidement amoureux de la belle Pauline qui se joue de lui et le méprise au plus haut point. Fière, orgueilleuse, mystérieuse, elle assujetti son précepteur, qui devient son « esclave » par amour pour elle. Femme insaisissable, elle est à la fois méprisante, douce et confidente et caressera même la folie. En attendant, afin de se divertir, elle se plaît à provoquer Alexei Ivanovitch en lui lançant des défis qui le ridiculise aux yeux des touristes de Roulletenbourg. Elle sera à l’origine de son goût pour le jeu en l’obligeant à aller jouer au casino, pour elle. Un autre défi lancé et bien évidemment relevé sera si amoral, que le général se verra dans l’obligation de licencier Alexei Ivanovitch, afin de ne pas perdre de son charisme sur la société qu’il fréquente. Le premier rebondissement intervient lorsque la vieille grand-mère de Russie débarque inopportunément à Roulettenbourg et ne semble guère sur le point de passer l’arme à gauche, bien au contraire! Elle décide de profiter de la vie et va jouer gros au casino. Son arrivée met fin cependant au potentiel d’héritage du général qui est lâchement abandonné par les cupides français. Sauf que sans le soutien pécuniaire de Des Grieux, la famille du général est ruinée. Pauline vit mal la fuite de Des Grieux, qui semble-t-il, entretenait une histoire d’amour avec elle et lui accorde en « cadeau de départ » une remise de dette; pour la réconforter, Alexei Ivanovitch va jouer au casino et connaîtra une descente aux enfers à partir de ce moment là.  De gains en pertes, il goûtera non seulement aux plaisirs parisiens digne d’une orgie avec Mademoiselle Blanche pendant trois semaines, mais sera aussi très seul, sur les routes d’Europe, ne sachant si il pourra manger à sa faim…     

  • Mes impressions: Je suis assez partagée dans la mesure où je m’attendais à ce que le jeu occupe une place plus importante dans le livre. Il est certes omniprésent, j’ai dévoré les passages du casino, mais mon imagination avait d’autres attentes, comme par exemple de plus amples passages sur la frénésie et l’ambiance des jeux d’argent.

J’ai eu également des difficultés, au début du livre, à comprendre les liens entre les personnages. Car l’histoire se déroule devant les yeux d’Alexei Ivanovitch qui ne dispose pas lui-même de toutes les clés de compréhension et avance à tâtons dans cet imbroglio; or, les yeux de ce dernier sont les uniques yeux du lecteur, donc il faut le temps que les choses se mettent en place et qu’Alexei Ivanovitch soit en mesure de découvrir les supercheries mises en place pour nous permettre de cadrer les personnages.                

En revanche, j’ai largement apprécié les réflexions d’Alexei Ivanovitch pleines de finesse, de vigueur, de comique et d’ironie, notamment celles portant sur une critique de l’Europe où français, polonais et allemands en prennent pour leur grade, et me demande comment cet individu a pu se laisser embarquer à Paris par Blanche qui lui annonce clairement qu’elle ne désire que son argent gagné au casino. De même que sa soumission à Pauline, au début, est incohérente, à mon sens, lorsque l’on mesure la sagacité de son esprit…

En somme, il s’agit d’un bon roman que j’aurais davantage apprécié lors de sa lecture en sachant l’analyse qui suit, pour laquelle je vous propose un résumé. Cette analyse est insérée à la fin du livre. 

  • Contexte de la rédaction de ce cours roman de Dostoïevski:   

 Le joueur a été dicté en 27 jours entre la V* et VI* partie de Crimes et Châtiments. Il s’agissait pour l’auteur de répondre à une obligation de son éditeur de lui livrer un nouveau texte, sous peine de rogner pour de nombreuses années à ses droits d’auteur. Cet immonde chantage remettait en question son avenir et sa carrière d’écrivain. Angoissé, dépité, Dostoïevski, conseillé par ses amis, recours aux services d’une sténographe du nom d’Anne Grigorievna Snitkina, qui deviendra sa femme. Cette nouvelle manière de travailler -pour aller vite- sera difficile pour l’auteur et source de stress supplémentaire; pourtant leur collaboration sera fructueuse.

      Le joueur, roman autobiographique?

Dostoïevski (1821-1881) a eu deux passions dévorantes-ou deux démons- dans sa vie: le jeu et l’amour qui ont en commun la prise de risque. Lorsque il crée Le joueur, il sort d’une relation tumultueuse et malsaine, ponctuée à la fois d’amour et de haine, entretenu avec Apollinaria Souslova. Le prénom d’Apollinaria n’est pas sans rappeler celui de Pauline, la femme-bourreau…

Les particularités du Joueur dans l’oeuvre de Dostoïevski:

Alors que ses autres oeuvres ont davantage une portée philosophique et religieuse, l’auteur nous propose ici une réflexion politico-social sur le voyage qu’il a fait en Europe où il retient « un tableau très sombre de l’Occident en pleine décomposition.  » Il critique de manière acerbe cette Europe en décrivant le français comme vénal, lâche, et mesquin, le polonais est quant à lui voleur et tricheur et l’allemand est la figure du bourgeois coincé, seul l’anglais trouve une certaine grâce à ses yeux, mais il est timide. Le fondement de cette critique vient du constat qu’il fait que la Russie est séduite par cette décadence européenne alors qu’elle est bien au dessus de cela. Il peut être fait le parallèle entre Pauline, la russe, et Des Grieux, le français, avec la situation de leur pays respectif.  La Russie et Pauline peinent à s’affirmer par rapport à cette Europe, représentée par Des Grieux, et gaspillent leurs forces en vain tel un joueur…

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