Quelle époque!

Quelle époque! de Anthony Trollope, J’ai Lu, 807 pages.

                          

  • anthony-trollope-quelle-c3a9poqueRésumé du livre: Augustus Melmotte a trouvé racine à Londres, après avoir vécu, avec sa deuxième épouse et sa fille, Marie Melmotte, dans plusieurs villes d’Europe. Homme d’affaires charismatique de la City  il va très vite être la personne qu’il convient de fréquenter dans cette Angleterre de fin du XIX* siècle. Son savoir-faire et sa connaissance du monde de la finance sont mis à profit de la grande construction du Chemin de fer du Pacifique Centre et Sud du Mexique, entrepris aux Etats-Unis. En qualité de décideur et de représentant des actionnaires anglais, il est propulsé à la tête de la City. Sa réputation le conduira même à se lancer dans la politique, et à recevoir le Grand Empereur de Chine, dans sa maison de Grosvenor Square. C’est dire la puissance et le pouvoir de cet homme! Pourtant un homme qui terrorise sa femme et bat sa fille en la réduisant en « chair à pâté » , peut-il être considéré comme un véritable gentleman?

Tous les nobles anglais admirent et reconnaissent ce nouvel arrivant, Melmotte, qui offre à  Lord Alfred, Lord Nidderdal (un des courtisant de Marie Melmotte), puis Lord Longestaffe père, en plus de Sir Felix Carbury, Miles Grendall, Paul Montague et d’autres, un siège au conseil d’administration de la fameuse Compagnie.

Du coté de la famille Longestaffe, de grosses difficultés financières poussent le père de famille à se mettre en affaires avec Melmotte. Ses décisions sont mal acceptées par son fils, Dolly (ami de Sir Felix) et sa fille aînée, Miss Georgiana Longestaffe, pour laquelle il est important de se marier avec londonien, peu importe sa religion, du moment qu’il est riche pour lui assurer un train de vie digne d’une vraie Lady!

Lady Carbury, veuve, mère de deux enfants en âge de se marier, est une pseudo romancière qui attache la plus grande importance à l’image qu’elle renvoie à la société londonienne, en fréquentant journalistes et hommes d’affaires. Excellant dans l’art subtil du paraître et du plaire, son côté matérialiste la pousse à imaginer des solutions pour lui éviter la ruine, qui menace sa famille, à très court terme. Elle ambitionne de marier son fils, Sir Félix, jeune baronnet au physique avantageux, avec Marie Melmotte (la fille du grand financier Melmotte) qui est, selon elle, le meilleur parti du tout Londres. Seulement, l’amour incommensurable qu’elle porte à son fils ne suffit pas à donner une éducation à Félix qui ne pense qu’à jouer de l’argent aux cartes en buvant de la fine-à-l’eau à son club, la Fosse-aux-ours. Son train de vie est source de dépenses si importantes qu’il dilapide à vue d’oeil l’argent de sa mère. Eu égard à son côté égocentrique, son physique de jeune premier lui permettra de rencontrer la très courtisée Marie Melmotte et fera la fierté de sa mère. En plus de cette histoire, Lady Carbury essaie d’arranger un mariage entre sa fille, Henrietta Carbury -dit Hetta- et son oncle Roger Carbury. Roger Cabury est un homme sage, d’un certain âge, avec de vraies valeurs, qui attache la plus haute importance aux principes édictés par sa condition sociale. Il vit à la campagne, dans le château de Carbury, patrimoine familial des Carbury et loue quelques terres aux fermiers du coin.  Amoureux de sa cousine, la jeune Hetta, il devra composer avec son meilleur ami puis rival, Paul Montague, pour gagner le coeur de sa dulcinée qui semble être sous le charme du fameux Paul.

Ce dernier, Paul Montague se trouve embarqué dans des histoires professionnelles (en qualité d’administrateur de la Compagnie du Chemin de Fer) et personnelles (avec le retour de Mrs Hurtle, une mystérieuse américaine qu’il avait promis d’épouser avant de rencontrer Miss Carbury) dont les issues semblent compromises.   

Cette Mrs Hurtle, loin du pays dont elle est native, réside dans une pension à Londres chez Mrs Pipkin. Elle ambitionne d’épouser Paul Montague quoi qu’il arrive et se pose en véritable femme fatale. Femme donnant l’illusion de tout maîtrisé, et très sûre d’elle, elle est au fond d’elle détruite par le rejet initial de Paul, et déploie des trésors de reconquête comme seule une femme amoureuse, trahie et jalouse, peut le faire. Elle est admirée à son insu par sa logeuse Mrs Pipkin qui est une tante éloignée de Ruby Ruggles, une fille de la campagne vivant près des terres de Roger Carbury. Rubby a fui de son domicile afin de retrouver son amoureux, le baronnet Sir Felix, qui l’emmène danser aux music hall londoniens. Promise à un boulanger du nom de John Crumb au physique dégoûtant, on comprend aisément son attirance pour le beau Felix…Malgré elle, elle découvrira qu’on ne peut construire une vie uniquement sur le physique, mais l’amour ne rend-il pas aveugle?

  • Mes impressions: Grandiose! Si on dépasse les caractères minuscules de l’édition J’ai Lu et l’affreuse couverture, on est propulsé dans une Angleterre en pleine expansion qui traite de sujets complets et complexes à travers tous les personnages créés par Trollope. Ce qui est frappant, c’est de noter que les comportements actuels ne sont pas si différents des comportements du XIX* siècle: comme dit un homme que j’admire « nous croyons être supérieurs dans nos connaissances parce qu’il n’y pas d’autres sociétés plus avancées que les nôtres aujourd’hui; par conséquent nous avons tendance à juger le passé avec notre savoir, alors que… » Cependant quand je pense au scandale Madoff, on peut aisément faire des parallèles avec Melmotte. Les problèmes de religion et d’intolérance sont eux-aussi toujours d’actualité. La condition des femmes -même si on n’est loin des conditions du XIX* je vous l’accorde- laisse à désirer dans certains pays et mériterait d’être améliorée dans d’autres. D’ailleurs les femmes de Quelle époque! s’émancipent progressivement. Ainsi, l’auteur égratigne chaque pan de la société décrit avec brio, tout en ironie, satire et psychologie, et captive son lecteur qu’il n’hésite pas à interpeller régulièrement pour en faire un acteur à part entière du roman. J’ai beaucoup aimé les histoires sentimentales, le côté business de la city, l’influence de la presse, les diverses manipulations et corruptions, les rebondissements, les descriptions des us et coutumes de la société anglaise agrémentées des comportements des gentlemen, les combats intellectuels des hommes de loi, l’église anglicane et l’église de Rome qui s’opposent… Le côté politique avec l’élection des parlementaires à la Chambre des communes a été une découverte pour ma part et me donne envie de mieux comprendre les mécanismes politiques anglais.                                                                                                                                      Bref, je suis totalement sous le charme de Trollope (1815-1882), contemporain de Dickens qui gagne à être connu en France. J’espère que ce billet un peu long vous aura convaincu de vous plonger dans l’univers de Quelle époque! qui est mon premier coup de coeur de cette année 2013. Pour la petite anecdote, cette épopée a été publiée en plusieurs feuilletons dans les journaux en vigueur à ce moment là en Angleterre; l’histoire est donc accessible, et les chapitres relativement courts sont ponctués de rebondissements qui incitent à aller toujours plus loin dans la lecture. Séduite par l’auteur, j’ai Miss Mackenzie et Le Docteur Thorne, dans ma bibliothèque, je lorgne sur La Vendée, oeuvre historique de l’auteur, et ne compte pas m’arrêter là dans sa bibliographie.

Je remercie chaleureusement Adalana qui est à l’origine de cette lecture, pour son organisation et surtout pour nous avoir motivé(e)s à ouvrir ce pavé dans le cadre de cette lecture commune! Ci-joint les avis de Shelbylee, Syl, Titine, Céline, et des autres à venir…Je me permets de vous glisser celui de Marie, qui a eu le courage -selon moi- de le lire en anglais.

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19 réflexions sur “Quelle époque!

  1. Je me rends compte que j’ai oublié de parler des questions religieuses dans mon billet. C’est le problème avec Trollope, il maîtrise tellement de thèmes avec une telle virtuosité qu’on est sur d’en oublier ! Je compte moi aussi continuer ma découverte de cet auteur.

    1. Ton billet est très bien, ne t’inquiète pas! C’est enrichissant de lire vos impressions, je ne pensais pas que cela m’aurait autant plu; si ça te dis on pourra se réorganiser des LC TROLLOPE, mais plutôt en fin d’année vu nos plannings de lecture…;-)

      1. Oui je ne serais pas contre lire son cycle sur les chroniques de Barchester (qui a l’avantage d’avoir été traduit) et Miss Mackenzie bien sûr. Mais comme tu le dis, on en reparle dans la 2e moitié de l’année 😉

  2. Superbe billet ! Tu as réussi à parler de tous les personnages (j’avais complètement zappé Ruby au moment d’écrire le mien…) et communiquer tes impressions !
    C’est moi qui te remercie d’avoir participé à cette lecture !

  3. Ping : Anthony Trollope – Quelle époque ! | Adalana's Imaginary World

  4. bravo pour ta présentation très claire au-delà de ces intrigues parfois compliquées. Les imbroglios financiers lassent un peu maisz les personnages bien qu’antipathiques nous poussent à avancer dans l’histoire. Je suis encore loin du but, mais ton article notamment m’encourage à finir pour fin mars (dernier délai accordé par Adalana, heureusement !!)

  5. Ping : Quelle époque ! | Thé, lectures et macarons

  6. Comme les copines, je confirme, ton billet est excellent car tu parles de tous les sujets abordés. J’avais noté tout cela mais je n’ai pas pu faire la synthèse, je m’y perdais !
    Surtout les histoires de clergé ! Ce livre est complet… d’où son volume !!!
    Bravo

    1. Rooo vous allez me faire rougir, ça me fait vraiment plaisir vos petits mots; je crois que nous sommes toujours critique envers ce que l’on fait alors que ça tient la route! Eh oui, c’est un livre très riche et bien épais mais qu’est-ce que je l’ai aimé…

  7. Ping : Quelle époque ! de Anthony Trollope | Plaisirs à cultiver

  8. Ping : Quelle époque ! : Le bilan de la LC | Adalana's Imaginary World

    1. Il est d’une lecture très abordable, je te le promets! Je n’ai pas souvenir d’avoir rencontré de mots compliqués. Si tu as envie de le lire, je te conseille de prendre l’édition FAYARD car le J’AI LU a des caractères minuscules, mais je m’y suis fait assez vite! La seule contrainte est la contrainte temps, il m’a accompagné tout le mois de février mais quel régal!

      1. Je vais voir à la média. Partout il y a du Troloppe, je vais finir par croire que c’est un indispensable. Je vais finir mes Jonathan Coe et après on va voir des plus classiques. Merci pour ton retour.

      2. C’est vrai qu’avec les blogs Trollope est mis en avant…Pourtant, il est aussi connu que Dickens de l’autre côté de la Manche! Il gagne à être mieux connu et reconnu chez nous!

  9. Ping : Londres, la nuit | Les livres de Camille

  10. Ping : Rétrospective de cette année 2013 | Les livres de Camille

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